Vidéo. Insolite: un Belge plaque tout pour ouvrir une pâtisserie à Chaouen

Crédits: H24Info.

Patrick Dardenne, Belge de 50 ans et père de six enfants, a découvert Chaouen comme de nombreux touristes lors de son voyage au Maroc, en 2016. Un séjour d’une semaine dans la ville bleue qui l’a profondément marqué, à tel point qu’il n’a plus jamais voulu la quitter. Rencontre. 

 

D’un royaume à l’autre

«Une ville de paix, très spirituelle», c’est ainsi que Patrick Dardenne décrit Chaouen, cette ville de plus de 40.000 habitants perchée à 600 mètres d’altitude dans les montagnes du rif, au nord-ouest du Maroc. Après sa première visite en février 2016, il est revenu une semaine, puis trois mois, et à l’issue de cet ultime séjour dans la ville aux tons azur, sa décision était prise. «De retour en Belgique, je m’ennuyais fortement, et j’avais l’impression de déranger», raconte Patrick qui trois semaines après, en février 2017, s’installait à Chaouen.

Il lui fallait alors trouver une activité professionnelle. Polyvalent, ce diplômé en pâtisserie a exercé plusieurs métiers comme électricien et fermier. Mais c’est la carte de la gourmandise qu’il a préféré jouer dans cette ville où personne encore n’avait proposé de gâteaux et chocolats belges.

Pour Bahija, sa petite dernière de 7 ans qui a souhaité rester avec lui, c’est du pain béni. Dans une darija parfaite, elle explique à quel point sa vie à Chaouen lui plaît, puisqu’elle «a la meilleure école, beaucoup d’amies et peut jouer dans la rue»…loin des tablettes et objets connectés, à l’image de son père qui aime «la vie simple et tranquille».

 

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L’enfant est d’ailleurs scolarisée à l’école publique marocaine, dont Patrick se dit entièrement satisfait, contrairement à ce que pouvait lui offrir l’école publique en Belgique. «Normalement l’école publique en Europe est gratuite mais au final, il faut toujours payer 100 euros par-ci ou 100 euros par-là», regrette-t-il.

«Ici à Chaouen, tout est fourni, même le cartable, à la limite on paye 10 dirhams quand il y a une petite fête», poursuit-il, insistant sur le «charisme» et le caractère «à part» de Khalid, le directeur de l’école primaire Al Hassan Abi Joumoua, qui «fait un travail fabuleux avec peu de moyens et connaît le nom de tous ses élèves».

Il était une foi

Il aura fallu d’un appel à la prière un matin durant sa première fois à Chaouen pour que Patrick embrasse l’islam, «les larmes ont coulé toutes seules, j’étais alors persuadé que j’avais trouvé ma voie», témoigne-t-il. «Les habitants, l’appel à la prière…cet endroit est magique, on est proches de Dieu ici et ça fait du bien à l’esprit».

Pour autant, Patrick, Zakaria de son prénom musulman, s’est renseigné et a beaucoup lu avant de choisir l’islam, «je ne voulais pas sauter le pas sans avoir de connaissances assez fortes», déclare celui qui avait donné des prénoms musulmans à deux de ses enfants (Younes et Ismaël), bien avant même de se convertir. Mais c’est à Chaouen qu’il eût le déclic.

Une terre d’asile pour ce Belge qui vient d’un continent où les convertis à l’islam sont souvent pointés du doigt. Avec la montée de l’islamophobie en Europe, le phénomène des conversions est souvent craint et mal compris par une bonne partie de la population et par les autorités qui appréhendent cette question sous l’angle sécuritaire.

 

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A ce propos, Zakaria confie une anecdote qui lui laisse encore aujourd’hui un goût amer. Alors qu’il rendait visite à sa famille en Belgique en février dernier, la police aux frontières de l’aéroport de Charleroi-Bruxelles l’a «enfermé 45 minutes dans une cellule» avec sa fille, sans lui donner aucune justification.

«Vous n’avez pas de domicile en Belgique?» a demandé la policière «d’un ton très froid» au Belge originaire de Rendeux-Haut dans la région wallonne, qui lui a répondu que non, «c’est normal puisque je vis au Maroc, mais j’ai encore de la famille en Belgique et j’ai le droit de rentrer dans mon pays». «Veuillez me suivre», a-t-elle enchaîné, «c’est la procédure», sans permettre à sa fille Bahija de l’attendre en dehors de la cellule.

C’est lors de son vol retour pour le Maroc, qu’un agent «aimable cette fois» lui a expliqué les raisons de ce traitement. «Vous êtes fiché S monsieur». S pour «Sureté de l’Etat». Une norme communautaire permet à l’administration de «ficher S» toute personne présentant un risque ou des menaces graves pour la sécurité de l’Etat, sans qu’intervienne une autorité judiciaire dans ce processus.

Ce texte préventif sert avant tout à surveiller toute personne suspectée de terrorisme, sans pour autant qu’elle ait commis de délit ou de crime. «Pays (ou continent) des Droits de l’Homme…ça me donne très envie de rentrer en Belgique!», commente ironiquement Zakaria, actuellement sans casier judiciaire.

Le parcours migratoire singulier de Patrick D. remet en perspective une vision parfois limitée et unilatérale des flux migratoires, majoritairement dirigés Sud-Nord. Alors que les migrants du Sud tournent leurs regards vers l’Occident, diffuseur de promesses de prospérité et de confort matériel, d’autres, comme Patrick Zakaria, accourent vers le Sud, perçu comme plus propice à la réalisation de soi dans une vie axée sur le lien social plus que la matière. C’est ici, dans cette petite cité pittoresque aux ruelles couleurs du ciel, que le Belge musulman a trouvé la paix, parmi ses habitants qui l’ont d’ores et déjà accueilli comme l’un des leurs. Ses gaufres et ses chocolats belges y sont peut-être aussi pour quelque chose…