Une enquête dénonce la chasse aux migrants dans le désert marocain avec la complicité de l’UE

Publié le
migrants maroc
Des migrants clandestins. ©Lighthouse Reports

L’organisation Lighthouse Reports a publié, en collaboration avec des médias internationaux – El Pais, The Washington Post et Le Monde-, une enquête approfondie et documentée sur des migrants refoulés vers des zones désertiques au Maroc, en Tunisie et en Maurtanie. Des scènes filmées montrent des opérations d’envergure de transfert de candidats subsahariens à l’immigration par les forces de l’ordre de ces pays vers le désert avec la complicité de l’Union européenne.

Dans une diffusion simultanée réalisée ce mardi matin, des médias internationaux ont partagé l’enquête menée par l’organisation Lighthouse Reports basée aux Pays-Bas autour de l’abandon de migrants subsahariens en plein désert par les forces de l’ordre du Maroc, de la Mauritanie et de la Tunisie.

Contacté par H24info, la présidente du Conseil national des droits de l’homme (CNDH), Amina Bouayach n’a pas donné suite à notre requête.

De fait, le but essentiel de cette révélation est de montrer la double face des autorités européennes. Car au moment où celles-ci exercent une pression sur les gouvernements du sud pour serrer la vis à l’immigration non régulée, elle fait fi des méthodes employées par ces pays pour freiner ces arrivées, pourvu que les candidats n’atteignent pas le littoral européen. L’Union européenne monnaye cette coopération en menaçant d’assécher le robinet des aides à la coopération et de procéder à des coupes dans le quota des visas octroyés aux citoyens de ces pays.

Ce travail de terrain qui a duré quelques mois reprend le témoignage de plusieurs survivants de ces expulsions. Les enquêteurs soulignent avoir interviewé plus de 50 rescapés du désert, tous originaires de pays d’Afrique subsaharienne ou d’Afrique de l’Ouest. « Ce qui nous a aidés à reconnaître la nature systématique et motivée par le racisme de ces pratiques« , précise l’organisation.

Selon les témoignages, le modus operandi est identique dans les trois pays concernés, à croire que des consignes ont été soufflées par le même « donneur d’ordre »!

« Jetés dans un coin du Sahara, le plus chaud désert au monde, sans téléphone, sans argent, sans nourriture sans eau et quelquefois sans chaussures. Les survivants relatent des scènes de séquestration, de tortures, extorsion, violences sexuelles ou des attaques de chiens excités par les forces de sécurité”, relate El Pais.

Complicité européenne 

« Nos investigations montrent qu’au Maroc, en Mauritanie et en Tunisie, des réfugiés et des migrants, dont beaucoup étaient en route vers l’Europe, ainsi que des personnes ayant un statut légal et des moyens de subsistance établis dans ces pays, sont appréhendés en raison de la couleur de leur peau, chargés dans des bus et conduits au milieu de nulle part« , souligne l’organisation.

Certains survivants ont fourni des documents visuels ou des données de localisation de leur périple, que les enquêteurs ont réussi à géolocaliser pour étayer leurs récits et cartographier les événements. « En plus du matériel visuel fourni par les survivants, nous avons utilisé des méthodes en source ouverte pour trouver des vidéos publiées sur les réseaux sociaux prétendant montrer des expulsions en cours. Nous avons cherché à géolocaliser et vérifier ces cas« , poursuit la même source.

Les auteurs de cette enquête insistent par ailleurs sur la complaisance voire l’implication des autorités européennes dans ce vaste programme de déportation de migrants, motivé par le racisme. « Elle (l’enquête) révèle que non seulement ce système de déplacements massifs et d’abus est connu à Bruxelles depuis des années, mais qu’il est orchestré grâce à l’argent, aux véhicules, à l’équipement, au renseignement et aux forces de sécurité fournis par l’UE et les pays européens”, précise-t-on. 

Pis encore ! Certaines agences internationales ayant pour mission la protection des droits des migrants, à l’image d’Acnur ou de l’organisation internationale pour les Migrations (OIM) étaient au fait de ces pratiques, d’après des documents confidentiels obtenus par El Pais.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

Une enquête dénonce la chasse aux migrants dans le désert marocain avec la complicité de l’UE

S'ABONNER
Partager
S'abonner