Real Madrid: Benzema, un mental à toute épreuve

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Critiqué, sifflé, décrié, Karim Benzema garde des nerfs d’acier: l’avant-centre du Real Madrid semble imperméable à l’adversité et ce mental de fer pourrait faire de lui l’unique meilleur buteur français de la Ligue des champions samedi en finale contre la Juventus Turin (18h45).

Pour Benzema, les détracteurs sont inévitables: « Quand tu joues dans un grand club et que tu es un grand joueur, tu es obligé de recevoir des critiques. Si on ne te critique pas, c’est que tu es un petit joueur », a-t-il résumé, fataliste, début mai.

Des attaques, l’attaquant en a essuyé de toutes parts.

Placé depuis 2009 dans la lessiveuse merengue, le Français a tout connu en Espagne. Les piques de José Mourinho, qui l’avait comparé à un « chat », trop nonchalant et pas assez « chasseur ». Les dénigrements de la presse espagnole, agacée de le voir titulaire. Et les sifflets de ceux qui voient en lui le protégé du président Florentino Pérez ou de l’entraîneur Zinédine Zidane, son compatriote.

En France, c’est encore pire: Benzema a dû encaisser sa mise en examen dans l’affaire de la « sex-tape », qui lui a valu une mise à l’écart des Bleus et une non-convocation pour l’Euro-2016 à domicile.

Mais, malgré les coups reçus, l’attaquant a gardé la tête froide. Fidèle à une trajectoire qui l’a mené de la banlieue lyonnaise à sa 3e finale de Ligue des champions samedi à Cardiff. A 29 ans.

« C’est comme ça depuis que je suis petit. Je vis avec les critiques et je travaille », fait valoir le joueur formé à l’OL, capable de perdre cinq kilos cette saison pour être plus décisif.

« Souvent, à cause de sa manière d’être, les gens s’énervent contre lui », analyse pour l’AFP Predrag Mijatovic, l’ancien attaquant et directeur sportif du Real (2006-2009). « Mais moi, je le prendrais toujours dans mon équipe. Parfois, il ne marque pas, mais il ouvre des espaces, donne des passes décisives et fait jouer ses partenaires. »

L’illustration parfaite? Sa demi-finale contre l’Atletico (3-0, 1-2), avec un dribble d’anthologie qui a qualifié le Real. De quoi revenir dans la lumière au meilleur moment, en attendant une éventuelle consécration samedi.

« KB9 » a d’ores et déjà égalé le record de buts d’un Français en C1, qu’il codétient depuis février avec Thierry Henry (51 buts chacun). Et s’il marque à Cardiff, il sera tout simplement le meilleur buteur français de tous les temps en Ligue des champions, le sixième toutes nationalités confondues.

Un classement « pas anodin » pour Zidane, qui n’a cessé de défendre son joueur quand les vents étaient contraires.

« On ne changera pas le fait que les gens peuvent dire ce qu’ils pensent, et que ce soit positif ou négatif pour lui. Lui, il sait ce qu’il fait, il sait qu’il est bon, et qu’il apporte beaucoup à l’équipe », a résumé le technicien français.

L’autre record que Benzema peut égaler samedi, c’est celui du nombre de titres en C1 décrochés par un joueur français: l’avant-centre peut égaler feu Raymond Kopa, mythe du Real titré entre 1957 et 1959, en décrochant sa troisième couronne en C1 après 2014 et 2016, comme son équipier Raphaël Varane.

C’est le signe que malgré les épreuves, l’épreuve-reine européenne lui a toujours souri.

« C’est le plus haut niveau. Même si j’ai la même envie en Liga, la Ligue des champions me réussit mieux. C’est peut-être la musique avant le match ? », plaisante l’attaquant, qui avait inscrit dans cette compétition son tout premier but professionnel, en 2005 avec Lyon.

Cinquante autres plus tard, voilà Benzema tout proche de s’imposer dans la légende du football français. Et toujours avec ce détachement qui, au choix, agace ou étonne.

« Même si j’ai un peu de pression, c’est de la bonne pression », a-t-il prévenu mardi. « Cela m’aide à faire un grand match. »