Covid-19: le dilemme de la vaccination des sportifs

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Faut-il prioriser la vaccination des sportifs de haut niveau ? A quelques mois de l’Euro de football et des JO de Tokyo et au moment où des mutations du virus inquiètent, la question commence à traverser le monde sportif, soulevant un problème éthique.

Ni l’UEFA, organisatrice de l’Euro de football qui doit débuter le 11 juin dans douze villes européennes, ni le Comité international olympique (CIO), maître d’oeuvre des JO (23 juillet-8 août), ne se sont emparés de la question. « Trop tôt pour prendre une décision », a répondu à l’AFP une porte-parole de l’UEFA, assurant que le sujet ferait « partie de la réflexion pour le protocole médical de l’Euro ». Idem pour le CIO qui abordera la vaccination ou non des athlètes lors de sa commission exécutive du 27 janvier, s’en tenant jusque-là au ni-ni préconisé par Thomas Bach « ni obligation vaccinale, ni priorité aux athlètes », qui serait « choquante pour le reste de la population ».

Et c’est bien là le débat corolaire à cette question: peut-on considérer les sportifs comme une population prioritaire, ayant accès aux vaccins devant des personnes à risques? « La dernière chose que l’on voudrait faire serait de prendre le vaccin à quelqu’un qui en a bien plus besoin », a résumé Neil Fachie, cycliste paralympique britannique, interrogé par la BBC. « Aucun athlète ne dira à quelqu’un qui a un risque sanitaire plus élevé que son sport est plus important que la vie de quelqu’un d’autre », estime Max Hartung, escrimeur et président de la commission des athlètes du comité olympique allemand.

Mais les avis sur la question sont loin d’être homogènes, tout comme le rythme de vaccination, bien entamée dans certains pays, alors que certains ont à peine débuté. En France, où la vaccination a démarré lentement, et reste ventilée en fonction des catégories de population à risques, la ministre des sports Roxana Maracineanu a dit être « en attente » d’une décision claire du mouvement sportif sur la question, « que ce soit des fédérations internationales ou du CIO ». Une ligne qui n’est pas tout à fait la même au Comité national olympique et sportif français (CNOSF), qui plaide pour une vaccination rapide des sportifs avant les JO. « On ne peut pas prendre le risque d’avoir un athlète contaminé qui contaminerait le reste de l’équipe. Il serait logique que tous les gens accrédités pour les Jeux soient vaccinés », tranche Denis Masseglia, le président du CNOSF.

« Oui ça ferait passer les sportifs comme prioritaires, mais ils bénéficient déjà de dérogations pour leur permettre de s’entraîner, de jouer leurs compétitions », a-t-il ajouté. Un credo partagé par Paul Tergat, le patron du comité olympique kényan. « On souhaite que tous ceux qui vont aller à Tokyo se fassent vacciner suffisamment tôt pour qu’ils soient rassurés. Plus ce sera tôt, mieux ce sera », explique l’ancien champion olympique. Idem en Australie, où le comité olympique « encourage » les athlètes à se faire vacciner, et négocie avec les autorités, pour qu’ils puissent préparer les JO « en toute sécurité ».

En Italie, le mouvement sportif s’abrite derrière son gouvernement. « Nous sommes favorables oui. Mais on doit attendre ce que dit notre ministre de la santé, on ne va pas enjamber les préconisations qui viendront du ministère », a indiqué un porte-parole du CONI à l’AFP.

Au Brésil, le sujet n’en est pas un, ou en tout cas pas d’actualité. « Nous ne négocions pas une éventuelle immunisation des athlètes », a assuré Marco Antonio La Puerta, vice-président du comité olympique brésilien, assurant que le respect des gestes barrières, les tests et les quarantaines devraient suffire.

Une position très éloignée de la Russie par exemple qui a elle prévu de « vacciner les athlètes des équipes nationales, y compris les équipes de jeunes et juniors », a expliqué à l’AFP le ministère russe des sports, précisant que la vaccination « volontaire », serait prioritaire pour ceux « qui se préparent à participer  » aux JO de Tokyo.

Mais quel vaccin sera considéré comme valable à Tokyo? Les vaccins russe, chinois, ceux proposés par les laboratoires Pfizer, Moderna, AstraZeneca? « Je fais toute confiance au CIO pour décider cela », a assuré le Français Denis Masseglia. Un flou qu’il va falloir éclaircir rapidement.