Poutine dénonce un « anéantissement total de la population civile » à Gaza

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 Poutine dénonce un "anéantissement total de la population civile" à Gaza
Le président russe Vladimir Poutine s'entretient avec les dirigeants des agences de presse internationales à Saint-Pétersbourg le 5 juin 2024. © Valentina Pevtcova/ Spoutnik via AFP

Le président russe Vladimir Poutine a dénoncé mercredi un « anéantissement total de la population civile » à Gaza, où Israël mène depuis neuf mois une guerre contre le Hamas après une attaque inédite du mouvement de la résistance palestrinien sur le sol israélien le 7 octobre.

« Ce qui se passe actuellement à Gaza en réponse à l’attaque terroriste sur Israël ne ressemble pas du tout à une guerre. Il s’agit d’une espèce d’anéantissement total de la population civile », a déclaré M. Poutine lors d’une rencontre avec des agences de presse.

« Nous essayons (…) d’influencer autant que possible » en vue d’un règlement du conflit, « y compris sur l’aspect humanitaire », a poursuivi M. Poutine.

Il a estimé que le conflit Israël-Hamas était « le résultat de la politique des Etats-Unis, qui ont monopolisé le règlement israélo-palestinien et mis de côté tous les outils créés auparavant pour tenter collectivement de régler ces questions très complexes ».

La Russie maintient traditionnellement de bonnes relations avec à la fois l’autorité palestinienne, les pays arabes et Israël, même si les relations avec ce dernier se sont refroidies ces deux dernières années.

Moscou estime que la création d’un Etat palestinien est la solution « la plus crédible » à la guerre entre Israël et le Hamas.

Des menaces à tout va 

Le président russe Vladimir Poutine a menacé mercredi de livrer des armes à des pays tiers susceptibles de frapper les intérêts occidentaux, si l’ Occident autorise l’Ukraine à frapper la Russie avec ses missiles de longue portée.

Ces propos interviennent alors que les Occidentaux commencent à autoriser les frappes en territoire russe, sous certaines conditions, avec les armes fournies à Kiev. L’Ukraine réclame ce droit depuis des mois.

Pour M. Poutine, si des missiles de longue portée nécessitant l’assistance de militaires occidentaux étaient tirés à l’avenir contre des cibles en Russie, Moscou répliquera.

« Si quelqu’un considère possible de fournir de telles armes dans la zone de combats pour frapper notre territoire (…), pourquoi n’aurions-nous pas le droit de fournir nos armes du même type dans des régions du monde où seront frappées les installations sensibles des pays qui agissent ainsi contre la Russie? », a lancé M. Poutine lors d’une longue interview avec des agences de presse, dont l’AFP.

De nombreux Etats Occidentaux sont opposés à l’usage de leurs armes en territoire russe, en particulier des missiles longue portée de haute précision, craignant que cela ne pousse Moscou à l’escalade.

Lire aussi: Poutine met en garde l’Europe contre l’usage d’armes occidentales sur le sol russe

Le président russe a aussi réaffirmé que des instructeurs militaires occidentaux « se trouvent déjà en Ukraine, et y subissent des pertes » qu’ils gardent secrètes.

« Ils sont présents sur le territoire de l’Ukraine et, malheureusement pour eux, ils subissent des pertes. Les Etats-Unis et les Etats européens préfèrent garder le silence », a-t-il affirmé lors de cette rencontre organisée en marge du Forum économique de Saint-Pétersbourg (nord-ouest de la Russie).

La France a annoncé récemment réfléchir à l’envoi d’instructeurs militaires en Ukraine pour accélérer la formation des soldats ukrainiens et à la formation d’une coalition européenne dans ce but.

M. Poutine avait déjà affirmé la semaine dernière que des instructeurs occidentaux se trouvaient en Ukraine, « sous l’apparence de mercenaires » combattant aux côtés des forces ukrainiennes.

D’autres pays tels que les Etats-Unis ont écarté l’envoi d’instructeurs et aucun Etat n’a fait état de la présence de ses militaires en Ukraine.

Tout au long de la rencontre, le dirigeant russe a réitéré ses arguments selon lesquels la Russie était disposée à s’asseoir à la table des négociations, et que le meilleur moyen d’arrêter la guerre était que les Occidentaux « cessent de livrer des armes » à l’Ukraine.

« Fournir des armes à une zone de conflit est toujours une mauvaise chose. Surtout quand elle est liée au fait que les fournisseurs ne se contentent pas de fournir des armes, mais qu’ils les contrôlent. Il s’agit là d’une mesure très grave et très dangereuse », a-t-il encore déclaré.

Il a par ailleurs refusé de chiffrer les pertes subies par l’armée russe en près de deux ans et demi de conflit, affirmant simplement qu’elles étaient « très inférieures » aux pertes ukrainiennes, avec « un rapport de un à cinq. »

« Si l’on parle de pertes irréparables (de morts), alors le rapport est de un à cinq » en comparaison avec les pertes subies côté ukrainien, a-t-il déclaré.

Il a assuré que le rapport entre les pertes des deux armées était comparable à la différence entre le nombre de prisonniers faits par chaque camp. Selon lui, la Russie détient actuellement 6.465 soldats ukrainiens, contre 1.348 soldats russes aux mains des Ukrainiens.

Depuis le début de l’assaut contre l’Ukraine, en février 2022, de nombreux experts occidentaux parlent de plusieurs dizaines de milliers de soldats russes tués.

Lire aussi: Russie: Vladimir Poutine en Chine jeudi et vendredi

La BBC et le média russe indépendant Mediazona affirment pour leur part avoir vérifié la mort d’au moins 50.000 militaires russes.

Lors de cette première conférence de presse avec des médias occidentaux depuis décembre, Vladimir Poutine a aussi assuré que la Russie était prête à collaborer à une enquête française sur la mort du journaliste de l’AFP Arman Soldin, tué le 9 mai 2023 en Ukraine, probablement par des tirs russes.

« Nous sommes prêts à organiser ce travail, je ne sais pas comment cela peut se faire dans la pratique si cette personne est morte en zone de combats, mais nous ferons tout ce qui dépendra de nous », a-t-il déclaré.

Le Kremlin avait précédemment indiqué que la Russie ne pouvait pas enquêter, arguant du fait que la zone où le journaliste a été tué était en territoire sous contrôle ukrainien.

Le parquet national antiterroriste en France a ouvert une enquête préliminaire pour crime de guerre afin de déterminer les circonstances du décès d’Arman Soldin et l’origine des tirs.

Arman Soldin, qui était le coordinateur vidéo de l’AFP en Ukraine, est mort à 32 ans lors d’une attaque de roquettes à Tchassiv Iar, dans le Donbass, alors qu’il couvrait la bataille particulièrement sanglante de Bakhmout.

La ville a été conquise fin mai 2023 par la Russie, après plus de neuf mois de combats. La Russie est toujours à l’offensive dans cette zone, et est désormais aux portes de Tchassiv Iar.

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