“Paroles d’Experts” de Faïçal Tadlaoui. Seniors: comment réinventer le “bien vieillir” à la marocaine

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D’ici 2050, un Marocain sur quatre aura dépassé l’âge de 60 ans selon les dernières projections. Un défi démographique d’ampleur pour le Maroc qui devra faire face à un vieillissement accéléré de sa population. Ce phénomène lourd de conséquences sociales, économiques et sanitaires, est au centre des débats de ce numéro de « Paroles d’Experts » avec le Pr Jaâfar Heikel, médecin et économiste de la santé, et Tarik Hajji, DG de « Seniors Plus ».

 

Traditionnellement ancrée dans un modèle de solidarité familiale, la prise en charge des aînés au Maroc s’articule autour des familles élargies. Mais cette tradition se trouve aujourd’hui remise en cause par les profondes mutations sociétales.

Une réalité déjà visible dans les rues où l’on croise de plus en plus de personnes âgées livrées à elles-mêmes, et souvent sans domicile fixe. « On voit beaucoup de pères, de mères, de seniors dans la rue parce qu’ils n’ont pas où aller », déplore l’animateur de l’émission, citant les constats alarmants d’une personnalité œuvrant auprès des plus démunis.

Le Pr Jaâfar Heikel, médecin et économiste de la santé, pointe également cette déshérence grandissante. « Soit, ils sont délaissés, soit ils sont seuls à la maison », alors que par le passé la tradition voulait que l’on cohabite sous le même toit dans une famille élargie.

Mais au-delà du bouleversement sociétal en cours, l’arrivée à l’âge de la retraite pour des pans entiers de la population marocaine pose également d’immenses défis sanitaires selon le Pr Heikel : « À partir de 65 ans, vous avez 60 à 65% de personnes souffrant d’hypertension artérielle ». Un risque accru de maladies chroniques comme le diabète, le cancer, l’insuffisance rénale ou les troubles neurocognitifs (Parkinson, Alzheimer).

Les organismes de prévoyance sociale ont d’ailleurs établi que les personnes de 65 ans et plus « prennent entre 3 à 4 médicaments par jour en moyenne ». Un coût d’autant plus difficilement soutenable que les dépenses de santé reposent encore largement sur les ménages en l’absence d’une couverture maladie adéquate.

Si l’espérance de vie moyenne des Marocains est passée de 47 à 78 ans en 60 ans, soit un gain de 31 années. Ils peuvent espérer rester “en bonne santé » jusqu’à 65 ans selon le Pr Heikel. Un écart de 13 années supplémentaires sous la menace de la dépendance et de la perte d’autonomie.

Face à ces défis conjugués, spécialistes et acteurs de terrain appellent à une profonde refonte des modes de prise en charge des aînés au Maroc. « Il faut qu’on réfléchisse à un modèle pour qu’ils puissent s’épanouir, être heureux, au-delà de l’aspect santé », plaide le Pr Heikel, soulignant la nécessité de « respecter leur dignité ».

Une vision novatrice, partagée par Tarik Hajji, directeur général de Seniors Plus, entreprise pionnière dans l’accompagnement des seniors. « L’idée est de transformer cet âge en un véritable âge d’or, en proposant des services et produits pour les accompagner dans leur bien-être et leur épanouissement personnel », explique-t-il. Un changement qui passe par la facilitation de « l’accès aux loisirs, à la culture, aux voyages », bien au-delà du seul prisme médical.

Réinventer le « bien vieillir » à la marocaine 

Pour concrétiser cette vision du « bien vieillir » à la marocaine, Tarik Hajji prône un modèle vertueux, tirant parti des nouvelles technologies comme la télémédecine ou l’hospitalisation à domicile, mais aussi d’autres expériences internationales plus probantes : « On peut s’inspirer des meilleures pratiques mondiales, les pays ayant 30 ans d’avance sur nous, tout en intégrant nos particularités comme la solidarité familiale ». L’ambition étant de bâtir un « modèle marocain » exportable, une véritable « Silver économie » génératrice de croissance autour du bien-être des seniors.

Mais l’avènement de cette « révolution des âges » ne pourra se faire sans la mise en place d’un vaste écosystème rassemblant l’ensemble des parties prenantes, du secteur privé aux pouvoirs publics en passant par les organismes de prévoyance, les mutuelles et les banques.

« Il ne faut pas attendre de subventions de l’État qui doit se concentrer sur les infrastructures. Il faut un écosystème qui ne soit pas basé sur les subventions », prévient le patron de Seniors Plus. Un appel à l’investissement dans ce nouveau marché, en s’appuyant sur des solutions de financement viables et pérennes.

Si l’adoption de modèles novateurs apparaît incontournable, une ligne rouge demeure : la préservation des valeurs culturelles marocaines et du respect de la dignité humaine des aînés. « Il faut trouver le bon équilibre, où on respecte nos valeurs familiales et culturelles, tout en faisant évoluer notre prise en charge », ajoute le Pr Heikel.

Un point de vigilance qui se double d’une nécessaire prise en compte des fortes disparités socio-économiques dans le pays. Seule une approche universelle et équitable permettra de garantir un accès pour toutes et tous aux nouvelles solutions développées, quels que soient les moyens financiers.

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