Inde: une seconde adolescente violée, aspergée d'essence et brûlée

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Supporters of President of the Indian National Congress Party Rahul Gandhi hold placards in reaction to the recent rape cases in India during a rally dubbed “Jan Aakrosh Rally” (public outrage), in New Delhi on April 29, 2018. The rally was Gandhi's first in the national capital since taking over as the party chief last year. The rally was called to launch a protest against Prime Minister Narendra Modi government's “failures and corruption”. / AFP PHOTO / Sajjad HUSSAIN

Vendredi, deux adolescentes de 16 et 17 ans ont été violées dans l’État de Jharkhand. L’une d’elles est morte, brûlée vive. L’autre, emmenée dans un hôpital privé, tente de survivre. Deux meurtres qui ravivent le sensible débat sur les violences sexuelles en Inde.
Alors que l’Inde a été secouée en janvier par le viol et le meurtre d’une fillette de 8 ans dans le nord du pays, la mort d’une adolescente de 16 ans vendredi, violée et brûlée vive, avait de nouveau suscité indignation et émoi. Ce lundi, la police locale a annoncé qu’une seconde jeune fille avait été violée et brûlée le même jour. La jeune fille, qui «souffre de brûlures au premier degré sur 70% du corps», lutte actuellement pour survivre a déclaré un responsable policier du Jharkhand à l’AFP. Après le viol de la jeune fille de 17 ans, les forces de l’ordre ont procédé à l’interpellation d’un jeune homme de 19 ans, vivant dans le même quartier. «Il a versé du kérosène sur la fille et l’a brûlée», a indiqué le policier, sans ajouter d’autres détails.
En 2015 et selon des statistiques gouvernementales, environ 11.000 cas de viols de mineurs ont été signalés en Inde. Des chiffres qui, selon des experts, ne représentent que la partie émergée de l’iceberg dans cette société patriarcale où prévaut le silence, et où le viol est source de honte pour la famille. En 2012 déjà, le viol collectif d’une jeune indienne de 23 ans dans un bus à New Delhi avait suscité l’émoi dans le monde entier.
Le viol en Inde, un «problème national»
Mais depuis, les chiffres ne diminuent pas et en 2016, près de 40.000 viols ont été recensés. Ces derniers mois ont ainsi été marqués par plusieurs affaires sordides, dont la dernière en date, en janvier, a particulièrement touché le pays: celle du viol collectif et meurtre d’une enfant de 8 ans. Selon une enquête policière, des extrémistes hindous seraient à l’origine de la planification de cet acte, dans le but de forcer la communauté de la fillette à quitter la région où elle habitait (le Jammu). La famille de la victime ainsi que son avocate, qui dit avoir reçu des menaces de mort, ont été placés sous protection policière.
Le gouvernement de Narendra Modi est vivement critiqué pour ne pas faire assez pour protéger les femmes en Inde. Plusieurs ministres régionaux de son parti, le Bharatiya Janata (BJP), ont en effet participé à des manifestations de solidarité envers les huit hindous accusés. Et en avril, une lettre ouverte d’un collectif d’universitaires et de mouvements féministes publiée dans le quotidien britannique The Guardian, a dénoncé le silence du premier ministre indien. Le parti de Narenda Modi a également été accusé d’avoir protégé un député soupçonné d’avoir violé une adolescente en juin 2017. Rahul Gandhi, le leader de l’opposition, a ainsi dénoncé l’augmentation des violences faites aux femmes, et a condamné un gouvernement qui selon lui «protège les violeurs». La directrice générale du FMI Christine Lagarde a également appelé en avril les autorités indiennes à agir, «à commencer par le premier ministre».
Les peines pour viols durcies mais les droits des femmes affaiblis
Toutefois, depuis 2012 la législation indienne s’est durcie concernant les violences sexuelles. Le mois dernier, le gouvernement a approuvé la peine de mort pour les violeurs d’enfants de moins de 12 ans. Des peines plus lourdes ont également été instaurées pour les personnes coupables de viol sur des adolescentes de moins de 16 ans. Et la Cour suprême a annoncé qu’elle voulait une justice accélérée dans les procès pour viols de mineurs.
La ministre des droits des femmes et des enfants Maneka Gandhi, a annoncé préparer «un texte prévoyant de limiter à sept ans la durée de prescription des viols sur mineurs», selon le quotidien indien The Hindustan Times. Ainsi, toute personne victime de viol aura seulement sept ans pour se manifester, c’est-à-dire jusqu’à ses 25 ans pour les femmes ayant subi des violences sexuelles avant l’âge de 18 ans. Ce qui ne laisse pas beaucoup de temps aux victimes pour sortir du silence.