Vidéos. Gaza: regain de tension avant un nouvel épisode de la «marche du retour»

C.AFP

D’importants renforts ont été déployés par Israël en prévision du nouvel épisode de la « marche du retour » programmé vendredi après-midi à la frontière de la bande de Gaza. Le Hamas espère en faire une démonstration de force.

L’armée israélienne a une nouvelle fois déployé d’importants renforts en prévision du nouvel épisode de la «marche du retour» programmé vendredi après-midi à la frontière de la bande de Gaza. Le Hamas et le Djihad islamique, qui siègent en position en force au sein du comité d’organisation, ont appelé les habitants de l’enclave à se rassembler en masse aux abords de la clôture pour commémorer le 51e anniversaire de la conquête de Jérusalem-Est par l’État hébreu. Comme lors des rassemblements précédents, une partie des organisateurs annoncent des manifestations non-violentes, tandis que des clips vidéo diffusés par les médias palestiniens appellent à tenter de s’infiltrer sur le territoire israélien.


Des camions chargés de pneus prêts à être brûlés afin de créer un écran de fumée se sont mis en route vers la frontière en milieu de matinée, tandis que de jeunes Palestiniens achevaient de préparer les dizaines de cerfs-volants incendiaires qu’ils feront voler dans l’après-midi par-delà la clôture.
Cette «marche», dont le Hamas semble vouloir faire une démonstration de force, est la première du genre depuis la tuerie intervenue le 14 mai, au moment même où l’ambassade des États-Unis était inaugurée à Jérusalem. Le mouvement islamiste au pouvoir à Gaza, que des rumeurs insistantes disent soumis à de fortes pressions venues d’Égypte, avait alors décidé de mettre en veille le mouvement. Une partie de la population de la bande de Gaza lui reproche depuis d’avoir envoyé plus de 120 Palestiniens à la mort pour un résultat inexistant. «Il s’agit d’une pause destinée à permettre le temps du deuil, mais nous ne comptons pas renoncer à notre droit de manifester pour le retour des réfugiés et la levée du blocus qui nous est imposé», avait toutefois prévenu Ghazi Hamad, un haut responsable du Hamas. Cette mobilisation populaire, dont la répression brutale a valu aux autorités israéliennes les critiques d’une large partie de la communauté internationale, fait figure de rare atout dans la manche d’un mouvement par ailleurs très fragilisé par son isolement.
Des drones pour intercepter les cerfs-volants incendiaires
L’armée israélienne, qui a tué plus de soixante Palestiniens durant la seule journée du 14 mai, affirme que la «marche du retour» est pilotée en sous-main par l’Iran et estime que l’essentiel des Palestiniens tombés sous ses balles était des «terroristes». Mais la présence d’adolescents, de jeunes femmes, de soignants et de journalistes parmi les victimes indique que la réalité est plus complexe. Un certain nombre de membres des brigades Ezzeddine al-Qassam, la branche armée du Hamas, ont également été tués, mais la direction du mouvement affirme qu’ils étaient pour la plupart venus, sans arme, prendre part aux manifestations.
Ce choc des propagandes a franchi un nouveau seuil jeudi, lorsque le porte-parole arabophone de l’armée israélienne a semblé justifier la mort, il y a une semaine, d’une infirmière de 21 ans en diffusant une vidéo tronquée sur laquelle on la voit jeter au loin une grenade lacrymogène tirée par des soldats. «Razan al-Najjar n’était pas l’ange auquel le Hamas veut faire croire», a écrit sur Twitter Avichay Adraee, accusant la jeune femme de s’être présentée sur ce document comme un «bouclier humain» censé protéger le Hamas. Sur la version complète de la vidéo, celle-ci déclare en réalité: «Je suis ici en tant que bouclier humain pour protéger les blessés à l’intérieur de la ligne de front». La mort de cette jeune femme, vendredi dernier, a suscité une très forte émotion dans la bande de Gaza. «Les personnels médicaux ne sont pas une cible», a dénoncé Nickolai Mladenov, le représentant du secrétaire général de l’ONU à Jérusalem.


Outre de nombreux snipers, des chars et des véhicules de transport de troupes blindés, l’armée a prévu de déployer vendredi des drones spécialement chargés d’intercepter les cerfs-volants incendiaires que les manifestants palestiniens dirigent désormais chaque jour vers les terres agricoles israéliennes. Plusieurs centaines de ces engins ont franchi la frontière au cours des dernières semaines. Selon les autorités, quelque 900 hectares seraient déjà partis en flammes pour un coût estimé à plus de deux millions d’euros. Gilad Erdan, le ministre de la Sécurité intérieure, a estimé cette semaine que les pilotes de ces cerfs-volants devraient être abattus.

Par Cyrille Louis, correspondant à Jérusalem