H24Info est un produit du groupe

    GEOMEDIA est l’un des groupes-médias les plus importants au Maroc avec 3 titres majeurs (Print et Web):

    Crée en 2013, H24Info s’est imposé comme le support-média francophone de référence auprès de lecteurs en quête d’une information fiable et instantanée sur le canal digital. H24 Info enregistre plus de 30 Millions de visites annuelles.

    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    VIDÉO – Après avoir condamné lundi le racisme des suprémacistes blancs, le président américain est revenu mardi à sa position initiale, estimant qu’«il y avait un groupe très agressif d’un côté, et de l’autre un groupe très violent aussi». 

    Les Américains pardonneront-ils à Donald Trump d’avoir tardé à dénoncer clairement les hordes de suprémacistes blancs qui ont transformé Charlottesville en fête néonazie, le temps d’un week-end de violence qui a tourné à la tragédie? Lui en voudront-ils de continuer à soutenir contre vents et marées que les responsabilités sont partagées comme il l’a de nouveau fait ce mardi? Cet épisode peu glorieux constitue-t-il une fissure profonde, fragilisant plus encore un président qui depuis le début de son mandat passe d’une crise à l’autre sans transition? Ou la gestion politique de Charlottesville n’est-elle que la nouvelle péripétie d’une présidence trumpienne qui ne ressemble décidément à rien de familier ni de classique?

    C’est avec un mélange quasi unanime de dégoût, de stupéfaction et de honte que le pays a observé, sur ses écrans de télévision et ses smartphones, des centaines de militants d’extrême droite et autres miliciens lourdement armés, défiler dans les rues de la charmante petite bourgade universitaire de Virginie, en criant: «Les vies blanches comptent» et «Heil Trump» ainsi que des slogans antisémites. Puis il y a eu la violence de la confrontation entre cette nébuleuse d’extrême droite venue protester contre le déboulonnement de la statue du général sudiste Robert E. Lee et des contre-manifestants antiracistes, parfois agressifs, face-à-face qui s’est transformé en mêlée confuse, avant qu’il ne soit dispersé par la police, puis qu’un jeune homme fasciné par l’idéologie néonazie ne finisse par foncer dans la foule et par tuer Heather Heyer, une jeune activiste libérale de 32 ans.

    Face à cette poussée de «rage blanche», le président a commencé par émettre une condamnation minimale, dénonçant la violence et l’intolérance «de toutes les parties», au lieu de condamner nommément l’extrême droite. Il a fallu attendre ce lundi pour qu’il se présente à nouveau devant les caméras pour condamner les suprémacistes, le Ku Klux Klan et les néonazis, après un concert de critiques venues de tout le spectre politique. «Il est absolument urgent que @Potus (le pseudonyme de Trump, NDLR) décrive les événements pour ce qu’ils sont, une attaque terroriste par les suprémacistes blancs», a tweeté notamment le sénateur républicain Marco Rubio. «Le racisme est le mal», a répondu Donald Trump lundi, depuis la Maison-Blanche. «Ceux qui ont recours à la violence en son nom sont des criminels et des voyous, y compris le KKK, les néonazis et les suprémacistes blancs (…), qui sont à l’opposé de tout ce qui nous est cher en tant qu’Américains», a-t-il ajouté.

    Ces déclarations, tant attendues, panseront-elles les plaies de Charlottesville? Ses partisans l’espèrent. Les adversaires du président affirment que Trump, déjà rendu suspect par les ambiguïtés de sa position vis-à-vis de la droite nationaliste pendant sa campagne, a perdu une opportunité essentielle de rassembler la nation. Pour eux, Trump reste fondamentalement l’allié objectif de la nébuleuse de l’Alt-right, ce nouveau nom donné à la mouvance extrémiste de droite dont les démons racistes resurgissent à intervalles réguliers. «La tache de sa première déclaration ne peut être effacée. C’est le Trump authentique… un président qui a identifié une colère dans une partie de l’électorat américain et qui l’a validée», affirme Richard Cohen dans le Washington Post.

    Le fait que l’indomptable président ait à nouveau expliqué mardi qu’il y avait eu «des torts des deux côtés», évoquant le comportement agressif de manifestants de l’antifa, un groupe d’extrême gauche connu pour ses méthodes musclées, sera perçu par ses détracteurs comme la preuve de son ambiguïté fondamentale à l’égard de l’extrême droite. Mais Donald Trump n’en a cure: «J’ai regardé de très près. Il y avait un groupe très agressif d’un côté, et de l’autre un groupe très violent aussi, personne ne veut le dire.» Et de se demander si l’«Alt-left», nom qu’il a créé pour l’occasion, en opposition à l’Alt-right, éprouve la moindre «culpabilité» pour ce qui est arrivé. Du pur Trump.

    Les réactions ont été multiples, dès mardi soir:

    «Nous devons être clairs. La suprématie blanche est répugnante», a tweeté Paul Ryan, président républicain de la Chambre des représentants.

    «La haine a toujours existé en Amérique. On le sait, mais Donald Trump l’a remise à la mode!», a écrit sur Twitter la star du basket-ball LeBron James.

    «Le président Trump est un sympathisant des suprémacistes blancs néonazis», a affirmé dans un communiqué Steven Goldstein, chef du Centre Anne Frank pour le Respect Mutuel, une organisation de défense des droits de l’homme aux Etats-Unis.

    Le président s’est toujours défendu d’être raciste. Il a toujours dit que prôner le contrôle de l’immigration, le protectionnisme commercial et le rejet des excès du «politiquement correct» ne signifiait nullement une affinité avec les thèses racistes. Et il n’a pas tort. Mais il a aussi flirté avec l’extrême droite, notamment avec son peu ragoûtant ralliement au mouvement des «birthers», qui affirmaient que le président Obama n’était pas né aux États-Unis. L’a-t-il fait pour des raisons électoralistes? Est-ce pour la même raison qu’il a été si avare de clarifications trois jours durant? «Trump a récupéré l’inquiétude de nombreux votants blancs qui s’inquiètent de la question de l’islam et d’une dilution de leur identité. Ils ne sont pas nécessairement racistes. Mais le problème est que les suprémacistes blancs ont été galvanisés par l’élection de Trump. Ils ont l’impression qu’il donne un porte-voix à leurs idées» ; note le sociologue Peter Simi. Toute la difficulté de Donald Trump est de se démarquer des racistes, sans aliéner sa base, dit-il. Il le fait en lui démontrant qu’il garde son indépendance et qu’il est insensible aux critiques de l’establishment.

    Persuadés qu’il est affaibli, ses adversaires comme ses alliés l’appellent à donner des gages en sacrifiant son stratège Steve Bannon, un nationaliste populiste, fervent pourfendeur du politiquement correct, et accusé de connexions sulfureuses avec l’Alt-Right. Les journaux bruissent de mille rumeurs sur la bataille qui ferait rage entre le camp des militaires, mené par H.R. McMaster, et celui de Bannon, à la Maison-Blanche. Ce mardi, on murmurait que la tête de Bannon ne tenait plus qu’à un fil après la venue de Ruppert Murdoch, patron de la puissante chaîne Fox News, qui aurait personnellement demandé sa tête à Donald Trump. Mais le président prendra-t-il le risque de se défaire de l’homme qui incarne son lien avec sa base électorale, alors que les élections de mi-mandat se profilent? «M. Bannon est quelqu’un de bien, a-t-il dit. C’est un ami.» Mais Trump a aussi laissé planer un doute sur son sort, rappelant qu’il était arrivé très tard dans sa campagne. «Nous verrons ce qui arrivera à M. Bannon», a dit le président, sibyllin.

    Alors qu’il est embarqué dans une partie de poker géopolitique majeure avec la Corée du Nord, il avance en tout cas en eaux bien mouvantes, huit mois après le début de sa présidence. L’establishment républicain ne l’a pas abandonné, mais rêve de s’en débarrasser. La relation avec les médias ne cesse de se détériorer. Les démocrates sont plus que jamais en embuscade. Plusieurs hommes d’affaires éminents, qui faisaient partie de son conseil économique, ont claqué la porte après son mutisme prolongé sur Charlottesville.

    Share.

    Comments are closed.