Vidéo. Rixe à Orly: un an de prison avec sursis requis contre Booba et Kaaris

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Un mois après leur bataille rangée à l’aéroport, les deux ennemis du rap français se sont renvoyé la faute, jeudi, au tribunal de Créteil.

Loin des «punchlines» des cadors du rap. De longues heures de suspension de séances, de brillantes batailles de procédures en nullité et d’interminables exégèses des vidéos de surveillance n’ont pas altéré la patience de Booba et Kaaris, ces deux stars connues pour leur impétuosité et leur révolte contre l’ordre social et les institutions. Les deux ennemis jurés du rap français et neuf membres de leurs clans respectifs étaient jugés jeudi devant le tribunal correctionnel de Créteil pour leur bataille rangée dans un hall de l’aéroport parisien d’Orly début août. La boutique de duty free à proximité avait servi de réservoir à projectiles. Bilan: quelques blessés légers, plusieurs vols retardés et plus de 50.000 euros de préjudice.
 
Les deux meneurs – Booba en chemise écossaise grise et Kaaris en chemise tendue sur une musculature saillante – ont à peine échangé, à leur arrivée, un regard de défi. Pourtant, deux personnalités singulières ont peu à peu émergé de cette audience marathon, entièrement basée sur le visionnage de vidéos de surveillance ou tournée par des témoins.
Booba, visage fermé, a eu du mal à respecter le rituel élémentaire de la cour: se lever et s’adresser à elle en la regardant. Il a toutefois avoué avoir asséné des coups à son rival avec du parfum. «Pas sur la tête, je vise le dos», a-t-il précisé. Kaaris, plus détendu, a judicieusement pris le soin, d’entrée de jeu, de «s’excuser pour ce qui s’est passé à Orly». «C’est pas bien. Il y avait des femmes et des enfants. Et quelques minutes avant, je faisais des selfies avec des familles. Je ne suis pas à l’origine de ce qui s’est passé. J’ai dû me défendre. Le procès montrera la vérité», a-t-il déclaré, en prônant désormais «l’apaisement». Leurs fans et leurs proches, casquettes posées sur les pupitres, ont également écouté sagement, parfois somnolents, Mes Yann Le Bras et Steve Ruben pour le clan Booba et Yassine Yakouti et David-Olivier Kaminski pour celui de Kaaris. Bouteilles en plastique et papier de barres chocolatées s’accumulaient sous les bancs de l’audience tandis que les avocats plaidaient les nullités – pour notifications tardives des droits lors des gardes à vue, pour l’irrégularité du procès-verbal de comparution immédiate et le retard dans l’accès au dossier au moment des déferrements – finalement jointes au fond par la présidente Pascale Perard.
Les onze prévenus – les deux clans se poursuivant d’une haine indicible -, sont tous poursuivis pour violences aggravées et vol, avec trois circonstances aggravantes: l’usage ou menace d’une arme, en réunion, et dans un lieu destiné à l’accueil des transports pour le public. Deux prévenus sont en récidive.

Tous s’accusent mutuellement d’être à l’origine des violences. La première vidéo défile péniblement seconde par seconde. L’atmosphère se tend entre les avocats, au point que la présidente doit élever la voix. Ceux de Booba ont à cœur de prouver que ce sont quatre membres du clan Kaaris qui se sont levés et ont marché vers le rappeur de Boulogne, et que c’est l’un des siens qui a entamé les hostilités. «Vérités d’avocats», s’agace David-Olivier Kaminski tandis que Yann Le Bras promet de «raconter toute l’histoire uniquement dans ce tribunal», menace-t-il. «Si vous avez un album photo horodaté, je suis preneuse», sourit la présidente. «On continue?», poursuit-elle.


Alors que le procès s’est poursuivi jusque tard dans la nuit, le parquet a requis un an de prison avec sursis à l’encontre des deux rappeurs. Des peines allant jusqu’à huit mois d’emprisonnement ferme ont été réclamées pour les membres de leurs clans respectifs. L’hypothèse du guet-apens a donc été écartée: «Cette rencontre est fortuite, mais elle ne pouvait que se conclure par un déchaînement de violence», a déclaré le procureur.
Les deux rivaux sont «tous deux responsables» de la rixe du 1er août, lors de laquelle ils ont «perdu toute lucidité», a estimé le représentant du ministère public. Ce sont eux qui ont échangé les premiers coups et ils ont «entraîné leurs gardes rapprochées» dans la bagarre, a-t-il dénoncé, les qualifiant de «petits bourgeois du clash».