Vidéo. Premier salto arrière d’un robot: un exploit incroyable pour les spécialistes

1066

Le robot humanoïde Atlas de Boston Dynamics est capable de réaliser des mouvements qu’aucune autre équipe de robotique dans le monde n’est capable de reproduire.

Atlas, le robot de Boston Dynamics, a réussi un salto arrière. La vidéo postée sur Youtube est rapidement devenue virale, avec plus de 2,7 millions de vues en une journée. Il élance ses bras, comme pour prendre de l’élan, et se propulse dans les airs en effectuant une cabriole en arrière et en se récupérant sur ses deux pieds, après avoir amorti le choc, sans tomber. Au moment de l’atterrissage, il retrouve très rapidement son équilibre, à l’aide de petits mouvements latéraux et verticaux. «C’est extrêmement impressionnant. La capacité dynamique est incroyable, notamment pour l’impulsion de démarrage et celle à l’arrivée», explique François Pierrot, chercheur en robotique au LIRMM et directeur exécutif de l’université d’excellence de Montpellier.

Un exploit unique

«C’est un exploit. Car, à part l’équipe de Boston Dynamics, aucun scientifique qui travaille sur des robots bipèdes n’a une machine comparable à Atlas», commente Abderrahmane Kheddar, codirecteur du JRL, le laboratoire mixte de robotique CNRS-AIST, à Tsukuba (Japon) et chercheur également à Montpellier.

Les nombreux capteurs, les actionneurs, qui sont des moteurs spécifiques du robot, et le traitement de l’information en temps réel, ont permis à Atlas d’effectuer ce salto arrière. «Ces caractéristiques rendent la technologie éblouissante, mais hors de prix», précise François Pierrot.

Jeudi 16 novembre, lors du banquet donné à Birmingham (Grande-Bretagne), pendant la conférence scientifique Humanoids 2017 la vidéo de l’exploit circule parmi les spécialistes de robotique. «Nos anciens collègues chercheurs, qui travaillent maintenant chez Boston Dynamics, nous ont un peu gâché la fête!» témoigne Abderrahmane Kheddar. «Quand nous avons appris leur exploit, nous étions tous admiratifs, y compris les chercheurs qui travaillent au MIT, à Stanford et même ceux de Google qui n’étaient pas au courant de ce qu’avaient réalisé leurs collègues (Boston Dynamics appartenait jusqu’à cette année au groupe Alphabet, maison mère de Google, NDLR».

Personne ne sait précisément comment ils sont arrivés à effectuer cette prouesse. Ont-ils recopié avec le robot les mouvement d’un homme filmé en «motion capture», ou ont-ils résolu des équations de mouvements très complexes, qui ont ensuite été programmée dans l’humanoïde?

Même si l’autonomie du robot est faible, et son prix de fabrication sans doute hors norme, Atlas pourrait devenir une composante majeure du fantassin du futur. Couplé aux derniers algorithmes de l’intelligence artificielle (le «deep learning» qui permet l’apprentissage autonome par la machine), tous les éléments existent pour réaliser une sorte de Terminator. Heureusement, les chercheurs assurent que compte tenu des prix exorbitants des technologies embarquées dans la machine, il faudra de nombreuses années avant que ce rêve terrifiant devienne réalité! «Aucun des robots présentés par Boston Dynamics ces quinze dernières années n’est devenu des machines de série, même chez les militaires», assure François Pierrot.

En attendant, les chercheurs français essaient eux aussi d’améliorer les robots aux formes humanoïdes. Grâce à Abderrahmane Kheddar qui a tissé des liens étroits au Japon, le LIRMM à Montpellier est le seul laboratoire européen à avoir récupéré un robot humanoïde HRP-4 conçu au pays du Soleil levant.