Vidéo. Mahmoud Abbas: «L'offre de paix de Trump est la claque du siècle»

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Crédit: AFP

Le président palestinien a réitéré son rejet d’une médiation américaine dans le processus de paix, lors de l’ouverture d’une réunion des dirigeants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Ramallah.
Le président palestinien Mahmoud Abbas a ouvert dimanche soir une réunion extraordinaire du Conseil central de l’OLP (Organisation de lutte pour la libération de la Palestine) en dénonçant la «claque du siècle» infligée le 6 décembre dernier par Donald Trump. Le locataire de la Maison-Blanche, qui promet depuis son entrée en fonction un «accord ultime» pour régler le conflit au Proche-Orient, avait ce jour-là provoqué un séisme en reconnaissant la souveraineté israélienne sur Jérusalem. Au cours d’un discours qui a duré près de deux heures et demi, Abbas a réaffirmé: «Nous n’accepterons plus de processus politique impliquant des négociations sous méditation américaine après le crime commis par cette Administration contre Jérusalem». Mais le chef de l’Autorité palestinienne, qui fêtera bientôt ses 83 ans et dont le mandat présidentiel a expiré il y a 8 ans, s’est bien gardé d’indiquer quelle voie il entend désormais suivre.

Devant les représentants des principales factions palestiniennes, à l’exception notable du Hamas et du Djihad islamique, Mahmoud Abbas a pour la première fois semblé confirmer que le plan de paix américain, dont les détails n’ont pour l’heure pas été rendus publics, prévoit de créer la capitale du futur État palestinien à Abou Dis. L’idée n’est pas neuve, et les Palestiniens l’ont déjà plusieurs fois rejetée. Ce village devenu faubourg, où l’Autorité palestinienne implanta dans les années 1990 l’université de Jérusalem ainsi que le siège resté vacant de son parlement, est situé hors des limites administratives de la ville et au-delà du «Mur de séparation» édifié par les Israéliens. Dans un tweet publié il y a une dizaine de jours, Donald Trump a clairement indiqué: «Nous avons retiré Jérusalem de la table des négociations». Mais les Palestiniens ne peuvent concevoir la capitale de leur futur État qu’à Jérusalem-Est, où se trouvent la Vieille Ville, l’Esplanade des mosquées et la basilique du Saint-Sépulcre.
Le vieux raïs à court d’option
Découragé par les Américains, Mahmoud Abbas affirme que «toute négociation future devra désormais se dérouler dans un cadre multilatéral, sous l’autorité d’un comité qui sera créé à l’occasion d’une conférence internationale». Il a récemment multiplié les consultations avec plusieurs États européens dont la France, ainsi qu’avec la Chine et la Russie. Mais aucun de ces pays n’a pour l’heure exprimé clairement l’intention de s’engager sur une voie qui risque fort d’être aussitôt rejetée par le gouvernement israélien.
À court d’option, le vieux raïs a appelé dimanche soir les membres du Conseil central à «remettre à plat tous les accords signés entre l’OLP et Israël parce qu’Israël a entraîné tous ces accords dans une impasse». «Nous allons prendre ces décisions bien que nous sachions à l’avance quelles en seront les conséquences pour nous», a-t-il prévenu. L’Administration américaine a notamment menacé début janvier de suspendre le financement qu’elle verse à l’agence des Nations unies en charge des réfugiés (Unrwa). En l’absence de processus de paix, par ailleurs, rien n’empêche plus la coalition de droite au pouvoir en Israël de verrouiller un peu plus encore son emprise sur les territoires où les Palestiniens prévoient de créer leur État.
Malgré les appels lancés en ce sens par plusieurs ténors du Fatah, le parti majoritaire, ainsi que d’autres factions, le président palestinien s’est en revanche bien gardé de franchir le Rubicon. Il n’a pas évoqué la dissolution de l’Autorité née des accords d’Oslo ou la remise en cause de la coordination sécuritaire avec l’État hébreu, qui reviendrait à faire un saut de vingt-cinq ans en arrière, ni annoncé la fin de la solution dite des deux États au profit d’un État unique au sein duquel les Palestiniens lutteraient désormais pour l’égalité des droits. Balayant les appels à reprendre la voie de la lutte armée, il a réaffirmé son attachement à la «résistance pacifique» contre l’occupation. Les débats du Conseil central doivent s’achever ce lundi.
 
Par Cyrille Louis