Vidéo-Diapo. Syrie: les images bouleversantes de Raqqa dévastée et meurtrie

430
AFP PHOTO / BULENT KILIC

La ville syrienne a totalement été reprise des mains du groupe État islamique par les forces kurdes, mardi. Les photos donnent à voir des images de fin du monde. Les quelques rares civils qui ont pu se rendre dans le centre ont découvert une dévastation qu’ils n’avaient pas imaginée.

Une ville libérée, mais littéralement dévastée, totalement en ruines. Mardi, les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont annoncé la reprise des dernières poches de combattants djihadistes à Raqqa, en Syrie. L’annonce, attendue, signe une étape symbolique dans la lutte contre le groupe État islamique. La ville avait été conquise par l’organisation terroriste en 2014, devenant son fief et la capitale autoproclamée du califat.

Mais cette reprise s’est faite au prix de combats acharnés et ont laissé la ville dans un état de délabrement absolu, dont les premiers journalistes et photojournalistes sur place rendent compte.

Les rares bâtiments fantômes encore en partie debout ne sont plus qu’une carcasse de béton au milieu de débris qui jonchent le sol de certains quartiers. Le gris de la poussière se mêle au vide des rues désertées. L’envoyé spécial de France 2 sur place mentionnait, dimanche midi, que l’un des éléments les plus marquants est le parfait silence qui règne désormais dans la ville.

 

Quelques devantures de magasins peuvent encore être identifiées sur certains boulevards. Clinique, bijouterie, tailleur… Mais après quatre mois de combats, la ville défigurée est à 80% inhabitable, d’après un rapport de l’ONU publié le mois dernier.

Au total, au moins 3250 personnes ont péri à Raqqa – 1130 civils dont 270 enfants et 2120 combattants des deux bords -, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Des centaines de milliers de civils ont fui la ville.

«Aujourd’hui, je me souviens de tous les blessés et de tous les morts que j’ai vus à Raqqa», a confié à l’AFP, Jamila Hami, une volontaire du Croissant-Rouge kurde, au moment de l’annonce de la reprise de la ville. «La ville est libérée, mais la prochaine étape sera encore plus difficile» pour reconstruire, notamment les infrastructures de santé.

La plupart des familles de Raqqa n’ont plus de maison, «et seront probablement coincées dans les camps pour des mois ou des années à venir», selon l’ONG Save the Children. La libération officielle de la ville n’a d’ailleurs pas encore été prononcée. La menace de «cellules dormantes» et le danger des mines n’ont pas été totalement écartés. Ces opérations restent à mener avant de permettre un retour de la population civile.

L’AFP a suivi quelques-uns des rares civils à avoir eu le droit d’accéder au centre de Raqqa. Ce sont, pour la plupart, des membres des familles des combattants et des responsables locaux. Parmi eux, Asya a découvert ce qu’il reste de la ville qu’elle a fuie en début d’année, et surtout de sa maison: rien.

«C’était la plus belle des villes, mon Dieu», confie cette Syrienne de 35 ans, assise à l’arrière de la voiture conduite par son mari, leurs quatre enfants à côté d’elle. «Maintenant regardez autour de vous, regardez nos maisons.»

«Ma maison a été bombardée, je l’ai compris en voyant nos affaires éparpillées dehors», raconte-t-elle. «J’aurais préféré que tout soit volé mais que les murs restent debout.» Asya pensait se réinstaller dans ce quartier d’Al-Roumeila, dans sa ville natale, avec sa famille. Désormais, elle ne veut plus revenir.

La sidération, c’est également le sentiment exprimé par Fadila Hamad al-Khalil. «Je ne pensais pas que les destructions étaient si étendues. C’est irréel, il n’y a plus un bâtiment ni une infrastructure debout, il n’y a aucun signe de vie», raconte-t-elle à l’AFP.

Pendant les combats, «on voyait des images de Raqqa mais on ne savait pas et on n’anticipait pas qu’elle serait réduite à ça», résume Mahmoud Mohammed, 27 ans, membre du comité chargé de la reconstruction au sein du Conseil civil de Raqqa.«L’ampleur des destructions va bien au-delà de ce que nous imaginions.» Le plan de reconstruction de la ville, qui prendra des mois, a été changé. Pour le moment, l’enjeu, pour les forces kurdes, reste de sécuriser la ville.