Vidéo. Chérif C., un délinquant tombé dans l'islam radical

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Le suspect, identifié par les forces de l'ordre, serait un homme de 29 ans, originaire de Strasbourg. Photo L'Est Républicain.

Ce jeune homme d’origine algérienne est suspecté d’être le terroriste qui a tiré sur la foule, mardi soir, à Strasbourg. Avec 27 condamnations pour des faits de droit commun, il était repéré pour sa radicalisation.

De la délinquance à la radicalisation, c’est l’histoire banale d’une dérive qui a conduit au massacre de mardi. Chérif  C., né le 4  février 1989 à Strasbourg dans une famille d’origine algérienne, a quitté l’école à 16 ans. Sans formation professionnelle, il fut d’abord un petit délinquant, un virtuose du cambriolage au palmarès nourri qui ne compte pas moins de 27 condamnations pour des faits de droit commun commis en France, en Allemagne et en Suisse. Car cet individu, officiellement au chômage depuis 2011, voyageait beaucoup et vivait sur l’habitant, commettant une série de larcins.
À 29 ans, il a déjà passé quatre années de sa vie derrière les barreaux: ce sont les prisons françaises qu’il fréquente le plus. Entre autres dossiers, il est condamné en 2008 à deux ans pour une série de cambriolages, puis de nouveau en 2011 à deux ans, dont six mois ferme, pour une agression avec arme sur un adolescent.
En 2013, cette fois-ci à Bâle (Suisse), il écope de 18 mois de prison pour des cambriolages. La même année, il entre à la prison de Mulhouse, où l’administration pénitentiaire le signale comme «radicalisé» . En 2016, il est jugé à Singen (dans le Land allemand du Bade-Wurtemberg) et condamné à deux ans et trois mois pour deux faits. En février 2012, il avait volé chez un dentiste de Mayence 1467 euros en liquide et de l’or dentaire pour un montant de 6572 euros. En janvier 2016, à Engen (non loin de Constance), il avait dérobé 315 euros chez un pharmacien.
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Contacté par Le Figaro, Thomas Roeder, son avocat commis d’office, qui l’avait assisté devant le tribunal de Singen, le décrit comme «un client calme et réfléchi» qui, bien que refusant de consommer porc et alcool, «ne présentait pas de signes particuliers de radicalisation». Incarcéré à Constance puis à Fribourg-en-Brisgau, «il ne s’est pas fait remarquer», poursuit son avocat. Il est libéré en février 2017 et expulsé vers la France.
Un profil hybride
Corapporteur de la mission d’information sur la radicalisation dans les services publics, Éric Diard, député LR des Bouches-du-Rhône, note à ce propos que «ce drame souligne une nouvelle fois que nos prisons sont des lieux de radicalisation massive et que le phénomène ne cesse de s’aggraver».
Avec l’un de ses frères, âgé de 34 ans, et lui aussi fiché  S, Chérif  C. fréquente après sa conversion au djihadisme la mouvance islamiste locale. Cette radicalisation ne passe pas inaperçue. Il fait l’objet d’un suivi effectif de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) dès sa dernière sortie d’une prison française, en 2015. Il y avait été repéré pour des violences et son prosélytisme religieux.
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L’homme est inscrit au Fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) en janvier 2016. La création d’une fiche S en mai 2016 permet de surveiller ses déplacements. De source officielle, on souligne que Chérif  C. et son entourage ont été surveillés mais qu’aucun signe avant-coureur de passage à l’acte n’a été détecté.
Le profil hybride du futur terroriste amène toutefois les services de l’État à adopter une stratégie indirecte. Dans le cadre du Groupe d’évaluation départemental de la radicalisation du Bas-Rhin, qui réunit autour du préfet le renseignement intérieur et territorial, la police et la gendarmerie, les informations sont partagées. Et il est décidé de faire aboutir la dernière procédure judiciaire en cours pour des faits de droit commun, dans laquelle il est suspecté de tentative d’assassinat. Une enquête confiée à la gendarmerie.
Faute de pouvoir le mettre en cause pour des faits terroristes, l’islamo-délinquant serait ainsi «neutralisé» pour un certain temps. Mardi matin, la DGSI et le Service central du renseignement territorial (SCRT) étaient ainsi présents comme observateurs aux côtés des gendarmes lors de la perquisition au domicile de Chérif  C. Mais le tueur avait déjà pris son envol.