Vidéo. Carlos Ghosn accuse certains dirigeants de Nissan de «trahison»

Carlos Ghosn s'est exprimé dans une vidéo enregistrée avant son arrestation jeudi. Crédit : AFP.

Dans une vidéo enregistrée avant son arrestation, l’ancien PDG de Renault-Nissan réaffirme son innocence et dénonce l’égoïsme de certains dirigeants de Nissan.

«C’est une histoire de conspiration, de complot, de trahison». Voilà comment Carlos Ghosn résume l’affaire qui lui a déjà valu trois mises en examen et un nouveau placement en détention à la prison de Kosuge, à Tokyo. Dans une vidéo enregistrée en anglais, peu avant sa quatrième arrestation jeudi dernier, l’ancien dirigeant de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi dénonce à nouveau les manœuvres de hauts dirigeants chez Nissan qui auraient orchestré sa chute.

Les noms des principaux concernés sont cités par Carlos Ghosn dans la vidéo mais ils ont été coupés au montage par ses avocats. Ces derniers redoutent les conséquences de ce déballage sur la suite de la procédure judiciaire.

 

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«Il y avait la peur que la prochaine étape de l’Alliance en terme de convergence menace certaines personnes ou éventuellement l’autonomie de Nissan, qui au passage n’a jamais été menacée ces 19 dernières années», explique-t-il. «Mais cette autonomie est basée sur la performance», souligne Carlos Ghosn qui affirme que certains dirigeants au sein de l’actuel management se sentaient mis en péril, du fait des «résultats médiocres» du constructeur.

«Ces gens sont connus. Je ne parle pas des employés de Nissan pour qui j’ai beaucoup de respect, je parle d’une poignée de dirigeants», soucieux de «la défense de leurs propres intérêts», selon lui. Ces dirigeants ont joué «un jeu très malsain», affirme le patron déchu.

«Je suis innocent»

Carlos Ghosn balaye à ce titre toutes les charges qui pèsent contre lui et qui sont poussées par Nissan: les déclarations inexactes de revenus sur les années 2010 à 2018, la couverture par Nissan des pertes sur des investissements personnels lors de la crise économique de 2008, mais aussi le détournement de fonds via Oman à des fins personnelles, cette dernière accusation pouvant lui valoir sa quatrième mise en examen. «Je suis innocent de toutes les accusations portées contre moi», insiste-t-il.

L’ex-patron de Renault, qui réaffirme dans cette vidéo son amour pour le Japon, se dit aujourd’hui «inquiet» pour l’avenir du constructeur nippon. «Les gens sont contents de dire ‘on ne va pas faire ci ou ça’. Mais dans le même temps, ils ne disent pas ce qu’ils vont faire pour le futur de Nissan. J’ai passé 20 ans à faire le contraire. Voir le laxisme et le manque d’attention est très difficile», affirme-t-il. Et de défendre sa vision du management dans une industrie aussi compétitive que l’automobile: «de temps en temps, le leadership doit s’exercer pour faire ce qui est bon pour l’entreprise. Ce n’est pas une dictature, c’est du leadership».

La prudence du gouvernement

Carlos Ghosn dit désormais espérer «un procès équitable». C’est aussi ce qu’a réclamé son principal avocat Junichiro Hironaka, lors d’une conférence de presse tenue dans la foulée de la diffusion de la vidéo. D’après ce dernier, la théorie du complot avancée par Carlos Ghosn n’a pas pour unique but de restaurer son image. Elle sera «un élément clé de sa défense».

En attendant, il entend déposer demain un recours devant le Cour suprême pour obtenir la remise en liberté de son client. «L’arrestation et la détention ont été menées pour maintenir une pression injuste sur Monsieur Ghosn. Les procureurs franchissent une nouvelle étape cruelle dont le but est de le pousser aux aveux», estime-t-il.

 

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Interpellé par Carlos Ghosn et son épouse, le gouvernement français a officiellement décidé de rester à l’écart. «Carlos Ghosn a le droit à la protection consulaire de la France, elle lui est garantie comme citoyen français, il a le droit à la présomption d’innocence», a affirmé Bruno Le Maire ce matin sur Franceinfo. Mais «il y a une affaire de justice et c’est à la justice japonaise de se prononcer», a-t-il tranché.

L’avocat français de Carlos Ghosn, Jean-Yves Le Borgne, estime pour sa part qu’il n’y a qu’en France que l’ancien dirigeant pourrait bénéficier d’un procès équitable. «J’ai un peu le sentiment qu’au fond, on craint une rupture, une colère s’installant entre la France et le Japon», déplore-t-il.