Vidéo. Arabie saoudite: 3 artistes blessés dans une attaque au couteau lors d’un spectacle

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Trois artistes ont été blessés sur scène dans une agression au couteau lundi soir, lors d’un spectacle musical présenté dans un jardin public de la capitale saoudienne Ryad, première attaque du genre depuis l’ouverture de ce pays ultra-conservateur au divertissement.


« Deux hommes et une femme appartenant à une troupe de théâtre ont été attaqués au couteau alors qu’ils se produisaient sur scène », a déclaré un porte-parole de la police de Ryad, cité par l’agence de presse officielle saoudienne SPA.

« L’auteur, un résident de nationalité yéménite de 33 ans, a été appréhendé et arrêté immédiatement après l’assaut et en possession de l’arme utilisée », a-t-il ajouté.

Les blessés ont immédiatement reçu des soins médicaux et leur état reste « stable », selon la même source.

La chaîne de télévision d’Etat Al-Ekhbariya a diffusé des images d’un homme qui s’est rué sur la scène pour attaquer les comédiens, vêtus de costumes et dansant devant le public, dont elle ne précise pas la nationalité.

L’agression s’est déroulée au King Abdullah Park, un des lieux qui accueillent la « Riyadh Season », un festival de spectacles et de divertissements divers organisé dans la capitale saoudienne pour casser son image conservatrice.

– Réformes et répression –

Sous l’impulsion du puissant prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, l’Arabie saoudite a connu de nombreuses réformes, comme l’autorisation de conduire pour les femmes, la réouverture de salles de cinéma, l’organisation de spectacles mixtes, l’ouverture au tourisme étranger.

Ces réformes ont entraîné la crispation des plus conservateurs dans le royaume.

Cette année, des militants des droits humains ont annoncé l’arrestation du religieux Omar al-Muqbil pour avoir critiqué l’organisme chargé du plan de promotion du divertissement, jugeant que les concerts qu’il organisait étaient en train « d’effacer l’identité originale de la société saoudienne ».

Après l’attaque de lundi soir, l’analyste saoudien Ali Shihab a souligné sur Twitter que « de nombreux membres du clergé faisaient campagne contre le développement du divertissement, d’où le risque de ce type d’agression ».

Selon lui, « c’est pourquoi (le gouvernement) a adopté une politique de tolérance zéro à l’égard de leurs attaques publiques contre le changement et la réforme ».

Mais les ONG dénoncent une vague de « répression accrue » qui dépasse le cercle des religieux.

Human Rights Watch a dénoncé dans un rapport paru la semaine dernière le « coût élevé » des réformes entreprises par le prince héritier, évoquant des dizaines de dissidents détenus –et pour certains torturés– depuis son arrivée au pouvoir.

L’image du royaume et de son prince héritier réformateur a particulièrement été entachée par l’affaire du journaliste Jamal Khashoggi, critique du régime, assassiné l’année dernière dans le consulat saoudien d’Istanbul.

« Les libéraux et les conservateurs du royaume sont en collision, ce qui inquiète probablement le plus les dirigeants saoudiens », explique à l’AFP Quentin de Pimodan, un spécialiste de l’Arabie saoudite au Research Institute for European and American Studies, basé en Grèce.

« Après cette attaque, on peut s’attendre à une répression plus sévère contre ceux qui s’opposent à la montée du divertissement en Arabie saoudite », a-t-il prévenu.

Des stars internationales comme la chanteuse américaine Janet Jackson, le rappeur américain 50 Cent ou encore le groupe sud-coréen BTS se sont déjà produites sur une scène saoudienne, chose inimaginable il y a encore deux ans.

Le développement de l’industrie du divertissement mais aussi du tourisme fait partie du plan « Vision 2030 » du prince héritier, qui vise à diversifier l’économie du royaume ultradépendant du pétrole.

L’Autorité générale du divertissement a annoncé son intention d’injecter 64 milliards de dollars (58 milliards d’euros) dans ce secteur au cours de la prochaine décennie.