Venezuela: Maduro et l’opposition se jaugent lors des élections régionales

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Grande favorite, la coalition de partis antichavistes devrait remporter entre 10 et 18 États, faisant de ce scrutin un probable tournant dans la crise qui ronge ce pays pétrolier.

Les deux camps ne s’étaient plus affrontés dans les urnes depuis les élections législatives de décembre 2015. Celles-ci avaient consacré la victoire de l’opposition au Venezuela, une première depuis 1999. Courant août, l’Assemblée nationale constituante a annoncé la tenue des élections régionales, reportées maintes fois par le pouvoir. Les Vénézuéliens s’apprêtent à élire dimanche pour les quatre prochaines années les gouverneurs des 23 États. Il s’agit du premier grand scrutin depuis le début de la violente crise politique qui a secoué le pays, avec 125 morts en quatre mois de manifestations hostiles au président Nicolas Maduro.

Pourquoi le calendrier a-t-il été chamboulé?

Elles se déroulent finalement avec dix mois de retard sur le calendrier initial. Il y a un an, sans plus d’explications, le Conseil national électoral, aux mains des chavistes, avait une première fois annoncé le report du scrutin prévu fin 2016 à la fin du premier semestre 2017 dans un contexte politique déjà tendu. Entre-temps, une violente crise politique secoue le pays. Les quatre mois de manifestations hostiles au président entraînent la mort de 125 personnes. En mai, les élections sont reprogrammées au 10 décembre. Mais, courant août, l’Assemblée constituante bouscule à nouveau le calendrier et avance finalement le scrutin au 15 octobre. Faute de temps, l’élection des parlements régionaux, issus des élections de décembre 2012 remportées par le parti présidentiel, a été reportée sine die.

Quels sont les enjeux de ce scrutin?

Le défi est de taille pour Nicolas Maduro. Son parti, le PSUV, détient actuellement 20 des 23 postes de gouverneurs que compte le pays. Mais la Table de l’unité démocratique (MUD) pourrait en décrocher entre 10 et 18, selon les projections. Elle mise beaucoup sur la cote de popularité en berne du président vénézuélien. Début octobre, dans un sondage Datanalisis, celle-ci est néanmoins remontée de six points par rapport à juillet pour se fixer à 23% d’opinions favorables. Pour cette même raison, les candidats du PSUV ont pris soin de ne pas s’afficher au côté de leur leader charismatique. Ce dernier a d’ailleurs profité de cette campagne cruciale pour s’éloigner de son pays à l’occasion d’une tournée internationale en Russie, au Bélarus et en Turquie.

Ces élections sont-elles muselées?

Aucun observateur international n’a été convié, et Nicolas Maduro a multiplié les embûches pour mieux déjouer une défaite quasi annoncée. L’opposition accuse ainsi le Conseil national électoral d’avoir conservé les noms de tous les candidats ayant participé aux primaires de la MUD. Le président a aussi prévenu que les gouverneurs élus devront se soumettre à l’Assemblée constituante, dont la légitimité est précisément contestée par l’opposition. «Tous ceux qui iront voter manifesteront leur soutien à la Constituante», a encore surenchéri le président pour mieux démobiliser ses adversaires. Car la principale inconnue reste le taux de participation. Généralement située autour entre 30 et 40%, elle pourrait être bien supérieure cette fois-ci.

Où en est le dialogue entre chavistes et opposition?

Pendant ce temps-là, après avoir timidement repris début septembre, la médiation dominicaine entre les deux camps est au point mort. À la fin du mois dernier, l’opposition a boycotté une rencontre avec des représentants du gouvernement. Elle a invoqué l’absence de programme de rencontres et le fait que le gouvernement n’ait toujours pas désigné de troisième pays garant du dialogue après avoir choisi la Bolivie et le Nicaragua. Le porte-parole de la MUD, Luis Florido, avait aussi souligné que la «priorité» pour l’opposition était de «gagner les élections» du 15 octobre. En cas de large victoire, l’opposition pourra mettre la pression sur le gouvernement.