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    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    Les déclarations guerrières de Donald Trump à l’égard du régime de Pyongyang ont pris de court son administration.

    La Corée du Nord a poursuivi la surenchère avec les États-Unis, en présentant jeudi son plan d’attaque. Le royaume ermite menace donc de viser «mi-août» l’île de Guam, dans l’océan Indien, et ses deux bases américaines, avec quatre missiles intercontinentaux Hwasong-12 de portée intermédiaire, afin de «donner une leçon» à Donald Trump, accusé d’avoir «perdu la raison». Guam se trouve à quatorze minutes de vol pour les Hwasong qui survoleraient trois préfectures japonaises, dont celle de Hiroshima.

    Aux États-Unis, c’est plus la réaction impulsive du président Trump, sommant Pyongyang de renoncer à ses menaces sous peine de subir «le feu et la furie», qui a surpris par son évocation d’une guerre nucléaire, autant que par son improvisation totale. Les conseillers de la Maison-Blanche semblent en effet avoir été pris de court par les propos martiaux de Trump, proférés lors d’une conférence de presse depuis son club de golf de Bedminster (New Jersey), et ce alors qu’il devait évoquer la crise des opiacés affectant l’Amérique profonde. Ni le général John Kelly, son chef de cabinet, ni Jim Mattis, secrétaire à la Défense, pas plus que H.R. McMaster, le conseiller à la sécurité nationale, ou le secrétaire d’État Rex Tillerson de retour d’Asie, n’auraient été mis dans la boucle. «À étudier le langage de la conférence présidentielle, commente Glenn Thrush, du New York Times, j’y vois plutôt la patte de Steve Bannon et de Stephen Miller», les deux scribes attitrés du président.

    Jeudi, Donald Trump a défendu sa formule controversée, estimant qu’elle n’était «peut-être pas assez dure». «Il est grand temps que quelqu’un monte en première ligne pour les habitants de notre pays et les habitants d’autres pays», a-t-il déclaré.

    Ce nouveau désordre au sein de l’exécutif américain vient contredire les assurances de Trump, affirmant que son Administration «maîtrise» collectivement le scénario nord-coréen. Or les Nord-Coréens «pourraient penser que (Trump) projette de frapper le premier, relève Jon Wolfsthal, un ancien du Conseil de sécurité nationale au sein de l’Administration Obama. Publiquement, nous devrions nous contenter de dire que nous allons nous protéger et nous défendre, ainsi que nos alliés. Aussi calmement que cela est possible. En coulisses, nous devrions dire très directement aux Nord-Coréens que leurs armes sont inutilisables et que la moindre attaque contre nos alliés ou nous-mêmes entraînerait la fin de l’État nord-coréen. Leur seule option est donc de ne pas utiliser ces armes et de retourner à la table des négociations».

    C’est exactement ce qu’a fait le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, inaudible jusque-là. Dans un communiqué, mercredi, il recommandait au satrape nord-coréen de «cesser de s’isoler lui-même et de renoncer à sa quête d’armes nucléaires», ainsi «qu’à des actes qui précipiteraient la fin de son régime et la destruction de son peuple».

    Le département d’État, lui, paraît hors-jeu, au grand dam des alliés asiatiques de l’Amérique. Six mois après l’investiture du président Trump, aucun ambassadeur n’a toujours été nommé en Corée du Sud. En outre, la représentante permanente auprès des Nations unies, Nikki Haley, vient de perdre son directeur de cabinet, Steven Groves, et son porte-parole, Jonathan Wachtel, démissionnaires sans préavis, invoquant de concert «des raisons familiales».

    «En politique internationale, les mots importent, certes, mais les actes plus encore» Max Fisher, journaliste du New York Times

    État de crise permanent                                                                                       

    Un tel état de crise permanent, véritable ADN de l’ère Trump, n’autorise cependant pas de conclusions hâtives sur les risques accrus d’une réaction en chaîne après une impulsion présidentielle ou un incident en haute mer. «En politique internationale, les mots importent, certes, mais les actes plus encore», insiste Max Fisher, dans le New York Times, relevant quelques évidences parlantes: un, il n’y a aucune mobilisation militaire du côté américain, que ce soit à Guam ou dans les eaux coréennes ; deux, Séoul est calme, indifférente aux élucubrations venues de Bedminster comme de Pyongyang. La capitale sud-coréenne serait pourtant la première à céder à la panique, ses 25 millions d’habitants se trouvant à portée de tir de l’artillerie nord-coréenne. Les marins pêcheurs de Guam et les «aoûtiens» d’Hawaï peuvent, comme le disait Tillerson à Guam mercredi, «dormir sur leurs deux oreilles».

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