Turquie: nouvelles arrestations d'universitaires et figures de la société civile

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Les autorités turques ont arrêté vendredi plusieurs universitaires et figures de la société civile à Istanbul, suscitant une vague de critiques en Europe.
Les personnes arrêtées sont toutes des membres ou liées à l’ONG Culture Anatolie, qui oeuvre à surmonter les différences au sein de la société turque à travers la culture et les arts et dont le président Osman Kavala est détenu sans procès depuis plus d’un an. Selon l’agence de presse DHA, le doyen de la faculté de droit de l’Université Bilgi, Turgut Tarhanli, et une professeure de mathématiques de la prestigieuse Université du Bosphore, Betül Tanbay, font notamment partie des personnes arrêtées à l’aube.
L’agence étatique Anadolu a précisé que 20 mandats d’arrêt au total avaient été émis et que treize des personnes visées avaient d’ores et déjà été arrêtées. Parmi celles-ci figurent la productrice et journaliste Cigdem Mater et une figure de la scène culturelle et artistique stambouliote, Asena Günal. Elles sont soupçonnées, selon Anadolu, de « créer du chaos et du désordre » et de « chercher à renverser le gouvernement en invitant des facilitateurs et des militants professionnels » lors des manifestations antigouvernementales de 2013, connues sous le nom de « mouvement Gezi ».
Kavala, homme d’affaires et philanthrope qui dirige Culture Anatolie, est écroué depuis plus d’un an dans le cadre d’une enquête très critiquée pour des liens présumés avec le putsch manqué. Kavala a été placé en détention préventive en novembre 2017 et n’a toujours pas été formellement mis en accusation. Selon ses avocats, les autorités le soupçonnent d’être lié à la tentative de putsch du 15 juillet 2016 et d’avoir « financé » les manifestations du « mouvement Gezi ». Son incarcération est régulièrement dénoncée par des responsables européens et des défenseurs des droits de l’homme.
« Des arrestations alarmantes »
D’après Anadolu, le vice-président de Culture Anatolie, Yigit Ekmekçi, et un membre de son conseil d’administration, Ali Hakan Altintay, font partie des personnes visées par les mandats d’arrêt. L’Union européenne a jugé ces arrestations « alarmantes », estimant dans un communiqué que de telles mesures « vont à l’encontre de l’engagement déclaré du gouvernement turc en matière des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ».
Qualifiant d' »absurdes » les accusations pesant contre les personnes arrêtées, Amnesty International a estimé que leur interpellation « montre que les autorités sont déterminées à poursuivre leur campagne brutale contre la société civile ».
Thorbjorn Jagland, secrétaire général du Conseil de l’Europe dont la Turquie est membre, s’est dit dans un communiqué « très préoccupé » par ces dernières arrestations et a affirmé qu’il allait évoquer « ce développement alarmant avec les autorités turques de façon urgente ». La rapporteure sur la Turquie au Parlement européen, Kati Piri, a dénoncé « une attaque brutale sur la société civile turque » et appelé l’UE à « vigoureusement condamner » ces arrestations.
Après la tentative de putsch du 15 juillet 2016 visant à renverser le président Recep Tayyip Erdogan, les autorités ont lancé une répression implacable : plus de 50.000 personnes ont été arrêtées et plus de 100.000 personnes limogées ou suspendues. Ankara accuse le prédicateur Fethullah Gülen d’avoir ourdi le coup de force. Mais celui-ci, un ancien allié de Erdogan qui réside aujourd’hui aux Etats-Unis, dément toute implication.
Signe que les purges ne faiblissent pas plus de deux ans après le putsch manqué, la justice turque a émis vendredi des mandats d’arrêt contre 188 personnes, dont 100 militaires, soupçonnées d’être liées au prédicateur Gülen, selon Anadolu.