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    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    Arrêté le 26 juillet, Loup Bureau vient ajouter son nom à la longue liste des journalistes emprisonnés en Turquie. La liberté de la presse dans le pays est mise à mal, particulièrement depuis le coup d’État manqué contre Recep Tayyip Erdogan.

     

    Moins de deux mois après la libération du photographe Mathias Depardon, un nouveau journaliste français a été arrêté en Turquie. Loup Bureau a été incarcéré dans une prison d’État dans le sud-est du pays. Il est soupçonné d’assistance à une organisation terroriste. «Les dirigeants turcs et le président Erdogan en tête abhorrent les journalistes étrangers trop curieux et n’hésitent pas à les arrêter pour imposer un mur du silence sur la réalité de ce pays, qui est la plus grande prison au monde pour les journalistes», ont déclaré dans un communiqué commun les syndicats français de journalistes SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes.

    La Turquie, 155e dans le classement 2017 de RSF

    Les ONG dénoncent régulièrement les manquements d’Ankara. La Turquie figure à la 155e place sur 180 au classement 2017 de la liberté de la presse réalisé par Reporter Sans Frontières, derrière la Russie, à la 148e place. «La chasse aux médias critiques menée par le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan culmine depuis la tentative de putsch du 15 juillet 2016», écrit RSF. La situation s’est dégradée depuis 2010 après une amélioration au début des années 2000. En 2005, la Turquie occupait ainsi la 98e place.

    ● Lutte contre le terrorisme et état d’urgence

    Dans le discours gouvernemental, les critiques à l’encontre de l’exécutif tombent sous le coup de la «lutte contre le terrorisme», accentuée par l’instauration de l’état d’urgence le 20 juillet 2016. En son article 120, la Constitution dispose que celui-ci permet la suspension «en tout ou en partie» de «l’exercice des droits humains et des libertés fondamentales», notamment de la liberté de la presse.

    «En appliquant trop largement les notions de ‘propagande terroriste’ et de ‘soutien à une organisation terroriste’ (…) et en ayant recours de manière excessive aux dispositions punissant la diffamation, la Turquie s’est engagée dans une voie très dangereuse», déclare Nils Muižnieks, le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe (dont fait partie la Turquie), qui a rendu en février 2017 un rapport alarmant sur le sujet.

    Selon le Commissaire, l’instauration de l’état d’urgence confère des «pouvoirs discrétionnaires pratiquement illimités» à l’exécutif, sans avoir ni à produire de preuves ni à attendre de décision judiciaire. Derrière les accusations de terrorisme, sont pointés les séparatistes kurdes du PKK, mais aussi un groupuscule d’extrême gauche, le DHKP-C, et enfin, le mouvement du prédicateur exilé aux États-Unis Fethullah Gülen, accusé par Ankara d’être à l’origine du putsch manqué.

    ● Environ 150 journalistes prisonniers

    Près de 150 journalistes sont actuellement prisonniers en Turquie. La plate-forme P 24 pour un journalisme indépendant en Turquie évoque le chiffre de 167. L’Association turque des journalistes parle de 159. Le site d’information Bianetrecense quant à lui 136 cas. Le président de RSF, Pierre Haski, qui a forgé l’expression de «plus grande prison pour journalistes» pour qualifier la Turquie, estime dans un entretien à la RTBF que ce nombre a décuplé depuis la tentative de coup d’État. Parmi eux, des journalistes étrangers, comme le journaliste germano-turc Deniz Yücel ou, depuis quelques jours, le Français Loup Bureau.

    RSF évoque «un triste record mondial». En 2016, selon leur propre bilan, 348 journalistes et blogueurs étaient emprisonnés dans le monde. À elle seule, la Turquie pourrait représenter un peu moins de la moitié de ces arrestations.

    ● Environ 150 journalistes ont fui le pays

    Selon Pierre Haski, 150 journalistes ont fui le pays, à l’image de Can Dündar, l’ancien rédacteur en chef du réputé quotidien kémaliste Cumhuriyet (La République). Arrêté en 2016 pour ses révélations sur des livraisons d’armes turques à des groupes djihadistes en Syrie, le journaliste, qui s’est exilé en Allemagne, ainsi que 16 autres salariés du journal, sont jugés depuis le 24 juillet, certains par contumace. Son épouse est toujours en Turquie, son passeport lui ayant été retiré, comme à des dizaines de journalistes, qui ne peuvent ainsi partir à l’étranger. 750 journalistes se seraient aussi vus retirer leur carte de presse.

    ● Médias interdits

    En 2016, 157 publications ont été suspendues d’après le rapport annuel de l’Association des journalistes de Turquie (TGC). Dans son rapport, le Conseil de l’Europe évoque même le chiffre de 170. Selon la chaîne de télévison privée CNN-Türk, il s’agit essentiellement de médias de province, même si certains, de diffusion nationale, sont aussi concernés.

    Au-delà, l’AKP, le parti islamo-conservateur du président, voit son emprise grandir sur les médias. «Le processus s’est appuyé tout à la fois sur la création de nouveaux médias, et sur la prise de contrôle de grands groupes médiatiques», explique Aurélien Denizeau, dans une note de l’IFRI. Selon Mehmet Koksal, de la Fédération européenne des journalistes, l’AKP contrôlerait près de 80% de la sphère médiatique turque.

    ● Censure sur les sites internet et les réseaux sociaux

    L’accès à internet et aux réseaux sociaux est de plus en plus restreint. «Plus de 110.000 sites internet ont été interdits. Les autorités turques détiennent le record de demande de fermeture de Twitter et Facebook», a déclaré Nils Muiznieks sur France Info. Le commissaire du Conseil de l’Europe évoque aussi le «ralentissement du débit» pour empêcher les internautes d’accéder aux pages internet. «C’est grave, conclut-il, car les habitants n’ont plus confiance dans les médias traditionnels et ils utilisent les réseaux sociaux plus que n’importe où ailleurs».

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