Strasbourg, une cible déjà visée par les djihadistes d'al-Qaida il y a près de vingt ans

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En décembre 2000, une cellule terroriste qui fomentait des attentats avait été démantelée par la police juste avant de passer à l’acte. La ville, qui compte de nombreux fichés S, fait partie des bastions de l’islam radical en France.

Le marché de Noël de Strasbourg, comme la Tour Eiffel et d’autres symboles, était depuis longtemps dans le collimateur des terroristes islamistes par-delà les sigles et les organisations djihadistes. Il y a bientôt vingt ans, un groupe affilié à al-Qaida installé à Francfort et dirigé par un homme présenté comme un des lieutenants d’Oussama Ben Laden en Europe avait ainsi préparé un attentat pour la Noël 2000.
Nombre des membres de ce groupe évoluaient dans la mouvance du Groupe salafiste pour la prédication et le combat algérien issu lui-même en 1998 du Groupe islamique armé. La cellule terroriste avait été démantelée par la police allemande, en étroite collaboration avec la DST française, le 20 décembre, quelques jours seulement avant de passer à l’acte.
Une vidéo avait été retrouvée au cours de l’enquête. Sur ce document glaçant: des images de la foule du marché de Noël avec des commentaires de l’un des terroristes dénonçant «des ennemis d’Allah» et lâchant: «Vous irez en enfer si Dieu le veut».
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À en croire la vidéo, la cathédrale de Strasbourg aurait également pu être une cible. Des dizaines de kilogrammes de substance pouvant entrer dans la composition d’explosifs et des cocottes-minute avaient été retrouvés, confirmant ainsi que la cellule préparait des attentats identiques à ceux ayant frappé la France en 1995 et 1996. L’enquête avait également révélé qu’une action contre les bâtiments du Parlement européen était envisagée.
Ces opérations auraient été planifiées depuis les camps d’al-Qaida en Afghanistan où plusieurs terroristes avaient séjourné et s’étaient entraînés. Et les déclarations de certains mis en cause confirmaient que le marché de Noël avait bien été clairement ciblé comme un symbole religieux. Le projet prenait place dans un ensemble d’actions tentées par al-Qaida avant le 11 septembre 2001, comme un projet d’attaques contre l’ambassade des États-Unis à Paris, au printemps 2001, ou contre l’aéroport de Los Angeles à la fin 1999.
Un bastion de l’islam radical
Des membres du groupe de Francfort ont été condamnés par les justices française et allemande. En 2014, son chef Mohamed Bensakhria, de nationalité algérienne, arrêté en Espagne en 2001, a ainsi été condamné à une peine de dix ans d’emprisonnement assortie d’une peine de sûreté de six ans et huit mois pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste».
Au-delà de cette première attaque avortée, Strasbourg et sa région, comme d’autres points chauds comme les régions lyonnaise ou parisienne, sont connus depuis des décennies comme un bastion de l’islam radical. Au printemps dernier, un élu local n’hésitait pas à affirmer que, selon ses informations, un dixième des individus fichés S en France résidaient sur le territoire de l’Eurométropole de Strasbourg.
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L’an dernier, plus de 200 personnes résidant dans le Bas-Rhin étaient inscrites dans le fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Une chose est certaine: les affaires terroristes ne cessent de défrayer la chronique.
L’auteur du dernier attentat terroriste ayant frappé la France avant l’attaque de mardi, en mai dernier à Paris, venait ainsi de la capitale alsacienne. Il avait d’ailleurs été fiché S et suivi par les services de renseignement pour ses liens avec la mouvance djihadiste locale. Il avait toutefois été considéré moins dangereux que les Strasbourgeois avec lesquels il était en contact. L’un de ses complices présumés a été interpellé en Alsace quelques jours après l’attentat. Un frère de ce dernier a été interpellé en septembre dernier dans un autre dossier antiterroriste. Tous étaient issus de la communauté tchétchène bien implantée localement.
Dans une autre affaire, Foued Mohamed-Aggad, l’un des assaillants du Bataclan en 2015, né en Alsace, avait également des amis à Strasbourg. Son frère et plusieurs autres personnes ont été jugés et condamnés pour leur participation à une «filière strasbourgeoise» d’envoi de djihadistes en zone syro-irakienne. En novembre 2016, plusieurs individus étaient interpellés toujours à Strasbourg. Ils préparaient une attaque pour le 1er décembre. Cette fois-ci, la cible semblait plutôt être située en région parisienne.