Les Sénégalais bravent les aléas pour élire leurs députés, l’opposition affiche sa vigilance

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Le Sénégal élisait dimanche ses députés lors d’un scrutin test à 18 mois de la présidentielle, perturbé par les soupçons de l’opposition envers le chef de l’Etat Macky Sall, les problèmes d’organisation et les aléas climatiques.

Un enjeu de cette dernière consultation avant l’élection présidentielle de 2019 sera de mesurer les forces du camp de Macky Sall, élu en 2012 face à Abdoulaye Wade (2000-2012).

L’opposition affirme vouloir lui imposer « une cohabitation », mais a obéré ses chances d’y parvenir par son échec à s’entendre sur une liste commune. L’un des autres principaux opposants, le maire de Dakar, Khalifa Sall, en détention préventive pour détournement de fonds présumé depuis mars, a dû faire campagne de sa cellule.

Les premiers résultats de ce scrutin à un tour sont en principe attendus dans la nuit de dimanche à lundi.

Les bureaux devaient être ouverts de 08H00 à 18H00 GMT, mais à Touba (centre), où les retards, dus notamment aux violents orages qui ont touché dans la nuit le pays, ont été particulièrement longs, le gouverneur a repoussé à minuit la fermeture des bureaux.

Dans d’autres régions, notamment à Dakar, les bureaux commençaient à fermer peu après 18H00.

La coalition dirigée par Abdoulaye Wade a accusé Macky Sall d’avoir « organisé le chaos » dans les régions favorables à l’opposition.

« Macky Sall s’est arrangé, il a donné des instructions pour que, dans tous les endroits où il pense que l’opposition va gagner, il n’y ait pas de vote », a déclaré M. Wade, après avoir voté à Dakar.

Le chef du Parti démocratique sénégalais (PDS), 91 ans, rentré au pays le 10 juillet pour faire campagne, après plus de deux ans d’absence, a dénoncé l’absence dans certaines régions des bulletins de plusieurs listes, dont la sienne, qui a provoqué des retards de plusieurs heures.

« Je demande à tous les électeurs qui ont voté de rester à leur bureau de vote jusqu’à la proclamation des résultats pour constater que ces résultats sont conformes à la réalité », a-t-il dit.

A Touba, des partisans présumés de l’opposition ont saccagé un centre de vote. Selon un communiqué de la police, « 147 bureaux de vote ont été saccagés » et trois personnes, toutes candidates sur les listes de M. Wade, ont été interpellées.

De son côté, Macky Sall espère que les difficultés dues aux « retards dans des centres » seront surmontées.

« Je souhaite que les populations votent dans le calme et retournent chez elles dans le calme », a-t-il ajouté. « Le Sénégal est une démocratie que rien ne peut faire revenir en arrière ».

Pendant la campagne, M. Wade avait accusé les autorités de tenter d’éviter une victoire de l’opposition en délivrant de manière sélective les cartes d’identité biométriques nécessaires au vote, dont plusieurs centaines de milliers n’ont pu être fournies à temps.

Selon la tête de la liste dans la capitale du maire de Dakar, Bamba Fall, « depuis 1960 (date de l’indépendance su Sénégal), « c’est l’élection la plus cahoteuse et la plus douteuse ».

Une des complications de ce scrutin réside dans le nombre inédit de listes – 47, contre 24 en 2012 – exigeant la présence de bulletins de chacune des 47 dans tous les bureaux.

« Nous souhaitons que tout se termine dans la paix. Que tout le monde respecte le verdict des urnes. Que ceux qui sont élus respectent leurs engagements devant le peuple », a indiqué Fatou Ndiaye, assistante de direction et électrice à Dakar.

Aucun taux de participation global n’était disponible dans l’immédiat.

Les contretemps se sont accumulés pour les électeurs. Il a notamment fallu nettoyer les centres de vote après les intempéries de la nuit, et la pluie a repris dans l’après-midi dans le centre et le Sud.

Mais ce sont les problèmes liés aux listes électorales et à la distribution des cartes d’identité biométriques qui gênaient le plus les opérations, malgré l’autorisation accordée in extremis par le Conseil constitutionnel de voter avec le récépissé de demande de carte, accompagné d’une pièce d’identité.

Plus de 6,2 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes dans quelque 14.000 bureaux au Sénégal et dans huit « départements de l’étranger » pour la diaspora, qui sera représentée pour la première fois par 15 députés sur 165.

Sur les 165 sièges de l’Assemblée, élue pour cinq ans, 105, dont les 15 de la diaspora, seront pourvus au scrutin majoritaire, un système favorisant le parti arrivé premier dans chaque département, puisqu’il en raflera tous les sièges. Soixante autres sièges seront répartis à la proportionnelle.