Sarkozy en garde à vue pour financement libyen: de quoi parle-t-on?

756
Crédit: DR

Après des révélations de Mediapart en 2012, les juges français se penchent sur un éventuel financement illicite de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 par la Libye de Mouammar Kadhafi. Retour sur cette affaire complexe aux multiples rebondissements.
Nicolas Sarkozy est entendu depuis mardi matin dans les locaux de la police judiciaire de Nanterre. Il a été placé en garde à vue dans l’enquête sur des soupçons de financement illicite qui pèsent sur sa campagne présidentielle de 2007, selon une source judiciaire confirmant une information de Mediapart et du Monde. C’est la première fois que l’ancien président français est entendu par la police dans cette affaire depuis l’ouverture d’une information judiciaire en avril 2013. Il est interrogé par les agents de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF).
L’affaire débute en avril 2012, quand le site Mediapart publie un document présenté comme officiel. Celui-ci fait état d’un «accord de principe» pour le versement d’une somme de 50 millions d’euros pour le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2007 par la Libye de Kadhafi. Si certains membres des services secrets libyens contestent l’authenticité de ce document, ce n’est pas le cas de Ziad Takieddine. Cet homme d’affaires, qui a joué un rôle d’intermédiaire entre la France et le régime de Kadhafi dans des contrats d’armement, affirme que le document est «crédible». Nicolas Sarkozy porte alors plainte contre le site d’informations pour «faux et usage de faux», ainsi que pour «publication de fausses nouvelles». Quatre ans plus tard, la justice tranche: les magistrats rendent un non-lieu, estimant que le document n’est pas un faux.
Claude Guéant mis en examen en 2015
Personnage central dans cette affaire, Claude Guéant a été mis en examen le 7 mai 2015 pour «faux, usage de faux et blanchiment de fraude fiscale en bande organisée». Les magistrats s’interrogent sur un très grand coffre-fort loué le 21 mars 2007 à l’agence BNP de Paris Opéra et surtout sur un virement de 500.000 euros. Celui-ci apparaît sur son compte en 2008. L’ancien ministre explique que c’est le résultat de la vente de deux tableaux.
L’affaire prend un nouveau tournant en novembre 2016. Ziad Takieddine raconte, toujours à Mediapart, avoir transporté entre novembre 2006 et début 2007 des valises contenant cinq millions d’euros en liquide. Il explique avoir été reçu par Claude Guéant, directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur de l’époque, lors des deux premiers voyages, puis par Nicolas Sarkozy lui-même la troisième fois en janvier 2007.
Peu après ses déclarations, Ziad Takieddine est mis en examen par la justice française pour «complicité de corruption, trafic d’influence et détournement de fonds publics». Un autre intermédiaire, l’homme d’affaires Alexandre Djouhri a été arrêté en janvier à Londres. Il avait été placé en détention provisoire, puis libéré après le paiement d’une caution avant d’être une nouvelle fois incarcéré fin février. Souffrant de problèmes cardiaques, il est hospitalisé depuis une dizaine de jours à Londres, selon une source proche de l’enquête. Son domicile suisse avait été perquisitionné en 2015.
La garde à vue de Nicolas Sarkozy peut durer jusqu’à 48 heures. En cas d’éléments à charge il pourrait être présenté aux magistrats pour une éventuelle mise en examen. Selon une source judiciaire, l’ancien ministre de l’Intérieur pendant le quinquennat Sarkozy, Brice Hortefeux, est également entendu ce mardi en audition libre. Mediapart avait affirmé en 2012 que ce proche de l’ancien président avait servi d’intermédiaire.