Sanctions sur les métaux: une situation « gérable » pour l’industrie iranienne

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Les Etats-Unis ont donné un tour de vis supplémentaire à leur campagne de « pression maximale » contre l’Iran en annonçant de nouvelles sanctions, cette fois sur les métaux, mais des responsables locaux du secteur affirment que ses revenus sont moins exposés que ceux du pétrole.

Ces nouvelles mesures ont été annoncées dans le cadre d’une surenchère entre Téhéran et Washington autour de la date du premier anniversaire du retrait américain unilatéral de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015.

Après avoir rétabli de dures sanctions économiques contre l’Iran en août puis en novembre derniers, l’administration de Donald Trump a mis un terme fin avril aux dérogations permettant encore à huit pays d’acheter du pétrole iranien –la source de revenus principale du pays– sans s’exposer aux sanctions.

Le 8 mai, l’Iran a annoncé qu’il cesserait d’appliquer « certains de ses engagements » pris dans le cadre de l’accord sur le nucléaire –notamment ceux concernant la limitation de ses réserves d’eau lourde et d’uranium enrichi.

La Maison blanche a répliqué avec de nouvelles sanctions contre « les secteurs iraniens du fer, de l’acier, de l’aluminium et du cuivre », affirmant que ceux-ci représentaient la deuxième source de revenus en devises étrangères de l’Iran et 10% de ses exportations.

« Rien de nouveau » pour le secteur minier, assure toutefois Mojtaba Fereydouni, analyste spécialiste de l’industrie. « Nous avons toujours été sous sanctions. Parfois moins, parfois plus », dit-il à l’AFP.

« En août, les fabricants d’acier ont vu leurs importations de matières premières et leurs échanges de produits sidérurgiques bloqués (…) et, malgré tout, les exportations ont augmenté » sur l’année, fait valoir l’analyste.

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Les chiffres officiels montrent que durant l’exercice mars 2018-mars 2019, les exportations du secteur minier ont progressé de 20% par rapport aux 12 mois précédents pour atteindre 6,2 milliards de dollars. L’acier représente 67% des exportations, le cuivre 15% et l’aluminium 3%.

En comparaison, les exportations de brut iranien ont rapporté quelque 30 milliards de dollars sur la même période, selon la loi sur le budget approuvée au Parlement.

Situation « gérable » 

Contrairement au pétrole, le commerce de métaux iraniens est relativement décentralisé et dépend majoritairement de contrats passés avec des petites et moyennes entreprises (PME) étrangères, limitant sa vulnérabilité aux sanctions.

« Les Etats-Unis ne peuvent pas complètement stopper nos exportations. Plusieurs pays, dont des pays qui n’ont pas de liens particuliers avec les Américains, sont d’accord pour collaborer », affirme M. Fereydouni.

« Nos principaux partenaires en matière d’exportations sont nos voisins: l’Irak, l’Afghanistan et plus récemment Syrie et Oman », ajoute-t-il.

« Les principales conséquences des sanctions pourraient être l’augmentation des coûts de fret maritime, la baisse du pouvoir de négociation des exportateurs et une hausse de la demande de réductions sur les achats d’acier et de cuivre », écrit pour sa part sur sa chaîne Telegram Amir Sabbagh, un responsable d’Imidro, une holding étatique.

La hausse des coûts serait « gérable » pour les exportateurs puisque leurs marges ont augmenté l’année passée en raison d’une dévaluation du rial iranien –qui a perdu plus de 57% de sa valeur face au dollar sur le marché libre au cours de la même période–, rendant les exportations très lucratives.

Selon l’économiste Ehsan Soltani, basé à Téhéran, un deuxième facteur rend les exportations de métaux moins sensibles aux sanctions: les revenus en devises étrangères qu’elles génèrent sont rarement rapatriés en Iran.

« Les fabricants d’acier affirment que (ces revenus) sont gardés à l’extérieur pour permettre l’importation de matières premières et ne peuvent de toute façon pas être rapatriés en raison des sanctions américaines sur le système bancaire », affirme à l’AFP M. Soltani.

Seulement un tiers des 40 millions de dollars générés par les exportations de produits non pétroliers sont revenus dans le système économique iranien sur l’exercice précédent, selon un conseiller économique cité par l’agence semi-officielle Isna.

Emplois en danger 

L’Iran importe ses matières premières hors de la région (Chine, Corée du Sud, Kazakhstan, Russie), explique Henry Rome, un spécialiste des sanctions du cabinet de consultants américain Eurasia Group. « Les sanctions financières étoufferont au moins quelques unes de ces relations », estime-t-il.

Le secteur minier iranien est par ailleurs pourvoyeur de milliers d’emplois, menacés par les sanctions, ce qui pourrait renforcer le mécontentement des ménages.

De potentielles « fermeture d’usine augmenteraient la pression sur le gouvernement central, qui a déclaré que sa stratégie principale pour contourner les sanctions était de doper la production nationale », renchérit M. Rome.

Selon M. Soltani, l’industrie minière emploie directement 200.000 personnes et des milliers d’autres au sein de secteurs dérivés.

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Pourtant, les analystes pensent que la nature semi-publique de cette industrie –le gouvernement détient la majorité des parts dans la plupart des entreprises concernées– ainsi que la capacité des petites entreprises en aval de la production à échapper au radar américain permettront d’éviter le pire.

« Les principales entreprises comme Mobarakeh, Esfahan et Khuzestan Steel sont encore quasiment publiques et ne licencieront par conséquent pas leurs employés à n’importe quelles conditions », dit Mojtaba Fereydouni.

Selon M. Soltani, l’impact sur l’emploi sera minime sur les petites usines puisque celles-ci génèrent peu de revenus en devises étrangères.