«La rue a abattu les nazis»: Mélenchon suscite l’indignation en France

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LE SCAN POLITIQUE – Le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a qualifié dimanche de «faute politique» et «morale» les propos du leader de la France insoumise sur les nazis.

 

«Honteux», «Indignes», «déshonorants»… La classe politique semble unanime pour condamner les propos de Jean-Luc Mélenchon prononcés samedi après la «Marche contre le coup d’État social». Devant des dizaines de milliers de militants réunis place de la République, le leader de la gauche radicale a fait une énumération sur la force de la rue, qui aurait abattu pèle-mêle «les rois», «les nazis», «le plan Juppé» ou encore «le CPE».

«M. le Président, il vous reste à consulter l’Histoire de France pour apprendre que c’est la rue qui a abattu les rois. C’est la rue qui a abattu les nazis, le plan Juppé et le CPE», a ainsi déclaré Jean-Luc Mélenchon en réponse à une remarque tenue par Emmanuel Macron, sur CNN, lors de son déplacement à New York pour l’assemblée générale des Nations unies. «La démocratie, ce n’est pas la rue», avait affirmé le président de la République, estimant que la démocratie s’était exprimée dans les urnes au printemps 2017 et que «les Français avaient choisi le changement».

«C’est une faute politique et morale de Mélenchon»

La comparaison du nazisme avec l’ancien premier ministre Alain Juppé ou le projet (abandonné) du CPE passe mal. Dès samedi après-midi, de nombreuses personnalités politiques ont fustigé ces propos.

«C’est une faute politique de mettre sur le même niveau ceux qui ont fait tomber les nazis – et la rue y a contribué évidemment – mais aussi Alain Juppé et Emmanuel Macron, c’est une faute grave», a dénoncé dimanche le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner après avoir tweeté samedi son «indignation».

Jean-Luc Mélenchon «porte la violence dans son discours, y compris dans cette invitation à aller gêner ceux qui sont responsables au plus près de chez eux» avec l’idée de «casserolades» samedi prochain, a encore critiqué le secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement.

«Comme une grande majorité de Français j’ai été choquée, indignée qu’on puisse mettre sur le même plan les nazis, des démocrates, des républicains. Pour beaucoup de Français qui savent notre histoire, ces propos sont (…) indignes et honteux», a réagi dimanche matin la ministre du Travail Muriel Pénicaud lors du Grand rendez-vous sur Europe 1, évoquant une phrase «écoeurante».

«Le régime nazi, c’est pas la rue qui l’a abattu, ce sont les alliés, ce sont les Américains, ce sont les Russes à une époque, etc (…) Si on connait un peu son histoire, c’est même la rue qui a amené le nazisme d’une certaine manière, donc il faut faire attention à ce que l’on dit», a déclaré Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO , lors de l’émission Le Grand Jury de RTL/Le Figaro/LCI.

«En mettant dans le même sac Alain Juppé, les nazis et Emmanuel Macron, M. Mélenchon singe la famille Le Pen, le père plus que la fille», a considéré Gilles Le Gendre, porte-parole des députés La République en marche.

Amalgames

«Pas de complaisance à l’égard de Mélenchon, de sa violence, de ses références historiques hasardeuses. Il faut être ferme, expliquer, réformer», a également commenté l’ancien premier ministre socialiste Manuel Valls, qui a rallié Emmanuel Macron.

«Les amalgames délirants sont ici déshonorants», a de son côté réagi Richard Ferrand, président du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale.

D’autres ont même renvoyé Jean-Luc Mélenchon à ses cours d’Histoire. «La rue n’a jamais battu les nazis. En revanche, elle les a fait» ont souligné Thierry Mandon, ancien secrétaire d’Etat socialiste, Nathalie Loiseau, ministre de l’Europe, ou encore Jean-Baptiste Moreau, député LREM de la Creuse.

«Les nazis; c’était autre chose» et «quand on est un tribun, il faut être à la hauteur de la tribune», a asséné l’ancien ministre LR Eric Woerth à BFMTV, tandis que la présidente de l’Ile-de-France Valérie Pécresse a souligné que «ce n’est pas la rue qui a abattu les nazis» mais «les troupes alliées en lien avec la résistance».

«Une polémique de diversion»

Face à la polémique, Jean-Luc Mélenchon a réagi ce dimanche, ce qui est un fait rare. «Je n’ai jamais comparé le gouvernement actuel aux nazis, cela va de soi. Qu’un Castaner veuille le faire croire est de son niveau. Mais qu’il soit relayé pour faire du buzz dit bien le niveau d’abaissement auquel en sont rendus d’aucuns. Tout le monde peut vérifier le montage mensonger qui est fait de mon propos en regardant le début de mon discours puisqu’il reste en ligne»», écrit-il sur son blog.

«Cinq mois après son élection présidentielle, Emmanuel Macron butte sur la volonté du peuple de ne point se laisser dépouiller de ses droits» et «on voit donc ses agents réduits à inventer des polémiques de diversion pour ne pas acter le constat du rapport de force», ajoute le leader de la France Insoumise dans l’article intitulé «La marche du peuple et la diversion».