Du retrait de la SDN à celui de l’Unesco: les USA « n’ont jamais avalé le multilatéralisme »

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La décision de Donald Trump de se retirer de l’Unesco entre dans la logique d’un pays qui n’a « jamais avalé le multilatéralisme », estime l’historien français Bertrand Badie, mais l’isolationnisme brutal incarné par le président américain suscite aujourd’hui une réprobation internationale quasi unanime.

Quelles conséquences aura le retrait américain de l’Unesco ?

Pour honorer ses slogans nationalistes, Trump a choisi de faire le sacrifice de l’Unesco, c’était la décision qui coûtait le moins cher, une décision symbolique puisque c’est une institution qui est considérée -à tort- comme marginale.

En outre, ce n’est pas une nouveauté, puisqu’en 1984 Ronald Reagan avait déjà claqué la porte et que la bouderie a duré près de 20 ans. Et enfin, les coups douloureux lui ont déjà été donnés, quand Washington a cessé ses contributions financières après l’admission de la Palestine en 2011.

Pour autant, c’est un affaiblissement considérable pour l’Unesco en soi, pour son rayonnement. Et un coup brutal porté à sa légitimité, puisque les Etats-Unis se retirent au moment de l’élection du directeur général, qui se voit découronné avant même d’être élu.

Bertrand Badie. Crédit: DR.

Climat, Unesco, accord nucléaire iranien… les Etats-Unis sont-ils en train de tuer le multilatéralisme ?

Il ne faut pas trop s’affoler. C’est un phénomène récurrent. Jamais dans leur histoire les Etats-Unis n’ont avalé le multilatéralisme. Du retrait de la Société des nations (SDN) en 1920 à l’introduction du droit de véto dans la charte de l’ONU, cela a toujours été une obsession américaine de ne pas être contraints par des règles multilatérales.

Ce phénomène est particulièrement marqué avec les administrations républicaines. Et ceux qui ont pensé que les slogans nationalistes de Trump n’étaient qu’un argument de campagne en sont pour leurs frais.

Le contexte est-il différent aujourd’hui ?

Ce qui est nouveau, c’est que Trump se retrouve isolé, il réunit tout le monde contre lui, à l’inverse de ses prédécesseurs républicains. Georges W. Bush, se ménageait des alliés. Quand il a envahi l’Irak, il a bâti une coalition.

Dans les années 80, quand Reagan avait claqué la porte de l’Unesco, la Grande-Bretagne avait suivi.

Aujourd’hui, je n’ai pas l’impression que des alliés occidentaux sont déterminés à prendre le même chemin que Trump. Ses décisions, que ce soit sur le climat, l’Unesco, ou peut-être ce soir l’Iran, suscitent la réprobation internationale.