QR codes et passeport santé: la méthode chinoise face au covid-19

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Scanner un code-barres avec son téléphone pour combattre le covid: la Chine a lancé un « passeport santé » numérique, espérant relancer les voyages internationaux un an après que l’OMS a qualifié de « pandémie » l’épidémie de covid-19.

Premier pays frappé par le coronavirus et à confiner sa population, la Chine a été l’un des tout premiers à avoir généralisé le recours aux QR codes pour contrôler les déplacements, identifier les cas contact et isoler les malades.

C’est le rituel dont il est difficile de s’affranchir en Chine: scanner un code-barres avec son téléphone et montrer patte blanche, avec une appli qui délivre un laissez-passer « vert », synonyme de bonne santé.

Cette démarche est exigée à l’entrée d’un immeuble, d’un commerce ou d’un parc, ainsi que pour prendre l’avion, le train ou un taxi.

Le téléphone décrypte un code-barres, généralement constitué de mosaïques avec carrés noirs sur fond blanc (un « QR code » pour Quick Response code). Un geste qui permet de laisser une trace numérique d’un passage dans un lieu précis à un instant T.

Si une personne est malade, les cas contact peuvent rapidement être identifiés: en Chine les applis de traçage anti-covid sont directement associées à un numéro d’identité.

Sur le téléphone, un « code santé » de couleur apparaît: vert (aucun problème), jaune (obligation de se placer en quarantaine à domicile) ou rouge (quarantaine dans un lieu prévu à cet effet).

En Chine, il n’y a pas une appli anti-covid mais une multitude qui cohabitent. Et en fonction des villes et des régions, elles ne collectent pas les mêmes informations.

 

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L’appli conçue par le gouvernement se base sur les données de géolocalisation fournies par les opérateurs et scrute les déplacements des 14 jours précédents. Cela permet de savoir si un individu est allé dans une zone à risque ou a croisé un malade du covid-19.

D’autres applications utilisent des sources différentes comme les réservations de billets de train ou d’avion.

L’appli de traçage n’est pas obligatoire. Mais dans les faits, il est devenu impossible de ne pas en avoir une pour entrer dans un lieu public ou se déplacer.

Au printemps dernier, la presse a rapporté le cas d’un criminel en fuite depuis 24 ans qui avait fini par se rendre aux autorités: sans smartphone ni appli de traçage, il lui était devenu impossible de se déplacer, d’entrer dans un magasin et même d’être embauché sur des chantiers.

En Chine, les (rares) personnes qui ne disposent pas de téléphone ou les enfants en bas âge se voient remettre un QR code… à accrocher autour du cou. Lors d’un contrôle, les autorités n’ont qu’à le scanner pour s’assurer qu’un individu ne provient pas d’une zone dite à risque.

En première ligne face au coronavirus fin 2019, la Chine est aujourd’hui l’un des rares pays à avoir retrouvé un rythme de vie quasi normal, grâce également au port généralisé du masque et à des tests de dépistage massifs.

« C’est cet ensemble qui fait l’efficacité, pas l’application seule », indique à l’AFP Jean-Dominique Séval, spécialiste de l’économie numérique chinoise et directeur de Soon Consulting. L’appli dispose d’un historique des tests de dépistage et de vaccination. Et les métadonnées permettent d’identifier et isoler les malades, ce qui « rassure un peu tout le monde », estime Séval.

 

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Fort de son expérience dans la gestion de l’épidémie, Pékin pousse à l’adoption d’un code santé universel au niveau mondial. Et la Chine a lancé lundi un « passeport santé » pour permettre la reprise des déplacements à l’étranger.

Mais « la mise en pratique risque d’être longue et compliquée » car des accords entre pays seront nécessaires au préalable, prévient Séval. Le passeport santé est conçu pour afficher et authentifier les données sanitaires des passagers, comme leurs tests covid (PCR et anticorps) ou leur statut vaccinal. L’initiative a été proposée dès novembre lors du sommet du G20 par le président Xi Jinping.

L’immense majorité des Chinois se prêtent volontiers au jeu du traçage. Les QR codes étaient déjà largement répandus avant l’épidémie pour payer avec son téléphone en Chine, où le cash a quasiment disparu. Pour autant, la question des données personnelles se pose aussi en Chine, remarque Séval.

« On ne peut pas dire que c’est complètement +Big Brother+ » mais on ne peut pas non plus faire tout et n’importe quoi avec, « c’est entre les deux », estime-t-il.

Les QR codes sont cependant le « moyen d’attaque idéal pour les cybercriminels », met en garde l’expert en cybersécurité Roman Zaikin, de la firme spécialisée CheckPoint. Car « un QR code malveillant [faux code, NDLR] est indétectable à l’œil nu ». Une fois scanné, il est déjà trop tard, prévient Zaikin.