Qatar: le ministre des Finances limogé après son arrestation pour abus de pouvoir

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Le ministre qatari des Finances Ali Cherif al-Emadi a été relevé de ses fonctions jeudi soir, quelques heures après l’annonce par des médias d’Etat qu’il avait été arrêté pour abus de pouvoir et détournement de fonds publics.

L’émir cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani « a relevé Ali Cherif al-Emadi de ses fonctions de ministre des Finances et a confié à Ali ben Ahmed al-Kuwari, ministre du Commerce et de l’Industrie, en plus de ces prérogatives, le soin d’assurer également celles de ministre des Finances », a indiqué jeudi soir l’agence de presse officielle qatarie QNA, faisant référence à un décret de l’émir, sans autre précision.

Quelques heures plus tôt, des médias d’Etat avaient indiqué que « le procureur général (avait) ordonné l’arrestation du ministre des Finances Ali Cherif al-Emadi (pour) l’interroger concernant des signalements de crimes liés au service public impliquant des torts à l’égard des fonds publics, abus de fonction et abus de pouvoir ».

L’agence QNA avait précisé qu’une enquête avait été ouverte, mais sans donner davantage de détails.

Bien qu’il y ait déjà eu des arrestations de haut niveau dans des affaires de corruption au Qatar, des sources officielles avaient indiqué que M. Al-Emadi était la personne la plus en vue à faire face à de telles allégations sous le règne du cheikh Tamim.

M. Al-Emadi avait pris les commandes du ministère des Finances en 2013. Aucune précision n’a été donnée à ce stade concernant ses fonctions de président du conseil d’administration de la compagnie aérienne nationale Qatar Airways et de président du conseil d’administration de la Qatar National Bank.

 

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Un diplomate basé au Qatar avait déclaré à l’AFP que « l’arrestation était inattendue ». « Il est toujours bon de voir les gouvernements respecter leurs lois et réprimer la corruption et les abus de pouvoir », avait-il ajouté.

« C’est formidable, cela montre que le Qatar prend la corruption au sérieux –si cela s’avère en être– et cela permet de forger l’image du respect de l’Etat de droit », avait estimé un autre diplomate à Doha.

Hussein Ibish, un expert du Golfe basé à Washington, a estimé jeudi qu’il était « assez remarquable » qu’Emadi ait été arrêté « pour des soupçons de corruption et de détournement de fonds ».

Ali Cherif Al-Emadi a géré l’économie de son pays qui a subi de plein fouet un blocus économique imposé par l’Arabie saoudite et trois de ses alliés: Emirats arabes unis, Bahreïn et Egypte.

Accusant Doha de soutenir des groupes islamistes classés « terroristes » par des pays du Golfe et d’avoir des relations trop étroites avec l’Iran, rival régional du royaume saoudien, ces quatre pays avaient rompu en juin 2017 les liens avec ce pays auquel ils avaient également imposé un blocus. Cette brouille a duré plus de trois ans avant que ces pays ne se réconcilient en janvier.

Il a été salué pour avoir évité une dévaluation de la monnaie locale face à une pression extérieure extrême, liquidant près d’un quart des réserves économiques du Qatar pour surmonter la tempête. Il a également lancé des dépenses massives pour la Coupe du monde du football que le Qatar doit accueillir en 2022.

Le Qatar, riche en gaz, est l’un des plus petits Etats arabes, avec une population de 2,8 millions d’habitants, dont la plupart sont des étrangers.