Présidentielle en Russie: mode d'emploi d'une élection sans suspense

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Ce dimanche, les électeurs russes sont appelés aux urnes afin d’élire leur président pour un mandat de six ans. Vladimir Poutine est en lice pour une quatrième investiture.

Dimanche, près de 109 millions de Russes inscrits sur les listes électorales ainsi que plus d’un million de ressortissants résidants à l’étranger vont élire leur président. Ils choisiront leur dirigeant pour les six années à venir. De la péninsule du Kamtchatka à l’est jusqu’à l’enclave de Kaliningrad à l’ouest, les électeurs de l’immense pays aux onze fuseaux horaires commenceront à voter à 08h00 locales soit, pour les premiers bureaux de vote de l’est du pays, samedi soir à 22h heure de Paris. Les derniers bureaux fermeront dimanche à 20h, heure de Paris.
À l’étranger, les 2% de la population russe en âge de voter vont pouvoir se rendre dans les 382 bureaux de vote mis à disposition dans près de 145 pays (dont sept en France). Quant à la date du scrutin modifiée par le Parlement, elle n’a pas été choisie au hasard. Il s’agit du jour «anniversaire» de l’annexion de la Crimée, le 18 mars 2014. L’Ukraine a annoncé qu’elle bloquera le vote des électeurs russes sur son sol.
Sept hommes et une femme en lice, sans suspense quant à l’issue du scrutin
La campagne officiellement débutée le 15 décembre et s’achevant ce vendredi, a mis en lumière huit candidats, sept hommes et une femme. Mais aucun suspense quant à l’issue du scrutin. Les candidats voulant se présenter à l’élection et sans représentant au Parlement ont dû récolter 100.000 signatures de concitoyens au préalable, excepté les candidats indépendants devant en réunir 300.000. Un seul candidat s’est déclaré sous cette étiquette: le président sortant Vladimir Poutine.
Les candidats Pavel Groudinine du Parti communiste ainsi que l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski, possédant tous deux des représentants au Parlement, ont été exemptés de collecte de signatures et qualifiés d’office. Ces deux concurrents représentent les candidats les plus populaires après Vladimir Poutine. Ils sont crédités, selon un sondage de l’institut VTSIOM, proche du pouvoir, de 7-8% pour Groudinine et 5-6% pour Jirinovski.
Les cinq autres candidats sont crédités, selon ce même sondage, de moins d’1%. Parmi eux, Grigori Iavlinski, 65 ans, le vétéran libéral et un des rares hommes politiques de cette orientation à avoir du poids en Russie. Il a notamment fondé le parti Iabloko peu après la chute de l’URSS. Mais bien qu’il reste une voix critique de Vladimir Poutine, sa candidature est perçue avec scepticisme. Boris Titov quant à lui favorable à une normalisation des relations avec l’Occident, est représentant des entrepreneurs en Russie et s’est lancé dans la course sans illusion mais avec la volonté féroce de «convaincre Poutine de changer l’économie».
Ensuite, Sergueï Babourine, 59 ans, également candidat, est un ancien vice-président de la Douma et peu connu du grand public. Il est aujourd’hui président du parti nationaliste Union du peuple russe et affirme lutter depuis vingt ans contre les tendances «néolibérales» des autorités russes. Tout comme Maxime Souraïkine, fondateur du parti des Communistes de Russie. Le dernier concurrent est une femme, Ksenia Sobtchak, journaliste de télévision proche de l’opposition libérale et ancienne star de la téléréalité. Elle s’est lancée dans la course pour la présidentielle avec comme slogan «contre tous». Mais de nombreux opposants à l’actuel président ont dénoncé un «coup monté» du Kremlin, visant à faire oublier l’absence d’Alexeï Navalny par cette candidature féminine.
En effet, le grand absent du scrutin est l’opposant Alexeï Navalny, en raison d’une condamnation judiciaire dont il fait l’objet et qu’il réfute. Le pourfendeur de la corruption des élites reste le seul à même de mobiliser des dizaines de milliers de personnes contre le pouvoir. Et son absence dissimule tout suspense quant à l’issue du scrutin dimanche. Faute de pouvoir se présenter, l’opposant numéro un au Kremlin à appeler au boycott des élections.
La participation, réel enjeu du scrutin
Alors si le résultat de l’élection ne fait aucun doute, c’est bien la participation qui en est l’enjeu principal. Seul véritable baromètre de l’élection, et preuve d’un scrutin crédible, le président russe se déplace à travers le pays afin de mobiliser les électeurs. Bien que stable depuis 2000 avec un peu plus de 64%, le taux minimal de 50% de votants nécessaire pour valider l’élection a été supprimé en 2006. Et l’objectif du Kremlin est ainsi résumé par les médias, à travers la formule «70-70», c’est-à-dire 70% de participation, 70% de votes pour Poutine.
Par ailleurs, tous les moyens sont bons pour inciter les votants à participer au scrutin. Des étudiants de plusieurs villes de Russie seraient ainsi obligés de s’inscrire sur les listes électorales sous peine de «problèmes aux examens ou même d’exclusion» selon le journal Novaïa Gazeta. Aussi, des urnes ont été apportées dans des régions très isolées comme dans l’Arctique où les nomades Nenets ont déjà voté. Dans d’autres villes également, la participation est encouragée avec l’ouverture de certains bureaux de vote avancée pour que les ouvriers puissent s’y rendre avant de prendre leur poste. La participation devrait tourner entre 60 et 70%, c’est-à-dire équivalente à la dernière élection présidentielle.
Un dernier mandat pour Poutine?
Vladimir Poutine en lice pour son quatrième mandat a assuré n’avoir aucune intention de modifier la Constitution (qui interdit d’effectuer plus de deux mandats consécutifs) en vue de rester au Kremlin au-delà de 2024. Accusé par ses détracteurs de vouloir rester au pouvoir indéfiniment, il a déclaré lors d’un entretien télévisé le vendredi 9 mars: «Je n’ai jamais modifié la Constitution, je l’ai encore moins fait pour que cela m’arrange et je n’ai aucune intention de ce genre aujourd’hui».
Élu pour la première fois à la tête de l’État en 2000, il avait déjà affirmé en 2007 (arrivant au terme de son second mandat) ne pas vouloir changer la Constitution pour être à nouveau élu président. Cependant, il avait pris la tête de la campagne législative en décembre 2007, au sein du parti Russie unie, afin de garder un certain pouvoir en devenant chef du gouvernement. Et s’était déclaré en faveur du candidat Dimitri Medvedev à l’élection présidentielle, pour ensuite revenir à la tête de l’État en 2012.