Paris: démantèlement d’un réseau de recel destiné au marché marocain

Dans le RER et le métro, 7.485 larcins ont été commis entre janvier et octobre 2019, contre 4.721 sur la même période en 2018. Crédits photo: Libération

Un large réseau de recel destiné au marché marocain vient d’être démantelé à Paris par la police de la sûreté territoriale. 

L’équipe de malfaiteurs revendait au Maroc depuis plusieurs années le fruit de dizaines de vols quotidiens, rapporte ce matin Le Parisien. Grâce à un coup de filet des policiers du groupe « quartiers sensibles » de la sûreté territoriale de Paris (ST75), le réseau, composé de plusieurs niveaux de hiérarchie et spécialisé dans le recel d’objets volés, a finalement été démantelé. Un document retrouvé chez l’un des suspects dévoile les prix de rachat des téléphones volés selon les modèles et leur état. Des téléphones débloqués par la suite, avant d’être écoulés au Maroc via des entreprises d’import-export, explique le quotidien français.

58 téléphones, des dizaines de flacons de parfum, des tablettes, des iPod, des portefeuilles Vuitton, des montres de valeur et des bijoux en grand nombre…voici le détail des recels retrouvés chez un seul receleur, enregistrés sur un seul week-end de trois jours de « travail » de son armée de voleurs. Les filières de ce type sont délicates à remonter car dans le cadre d’un interrogatoire policier, les voleurs gardent le silence pour ne pas perdre leur réseau de revente une fois remis en liberté, explique un avocat du barreau de Paris. Le système repose essentiellement sur la confiance. « A moins d’être pris en flagrant délit, le voleur dira toujours qu’on lui a donné l’objet retrouvé et qu’il n’est lui-même qu’un receleur. Les peines sont généralement moins lourdes ».

 

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Quatre hommes ont toutefois été interpellés après plusieurs mois de filature et d’écoutes téléphoniques. Ils sont soupçonnés d’avoir écoulé quotidiennement le butin de plusieurs dizaines de petites mains opérant sur l’Île-de-France. Le principal receleur exercerait cette activité illicite depuis plus de cinq ans, et rien que lors des six semaines précédant le coup de filet, les policiers estiment le butin qui lui est passé entre les mains à 180.000 euros, indique Le Parisien.

Un réseau bien organisé

Dans un premier temps, une vingtaine de petites mains du vol dérobent des objets de valeur (téléphones, bijoux, etc) aux passants dans la rue ou les transports en commun. Ensuite, le receleur, qui reçoit une centaine d’appels téléphoniques par jour, récupère discrètement le butin (il ne rencontre pas directement les voleurs à son service mais envoie son bras droit récupérer la marchandise dans un bar d’habitués). Enfin, le receleur transmet les produits volés à son supérieur, le « centralisateur » qui travaille la plupart du temps avec plusieurs receleurs. Ils rachètent en général les objets au tiers de leur valeur qui sont ensuite convoyés frauduleusement jusqu’au Maroc par les salariés de plusieurs entreprises d’import-export effectuant des trajets entre la France et le Maroc.

 

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Dans le circuit, chaque intermédiaire prend sa part. En exemple, sur un téléphone d’une valeur de 1.000 euros revendu au Maroc entre 500 et 600 euros, le voleur prend 250 euros, le receleur et le centralisateur, 100 euros chacun. Pour récupérer l’argent, des « mules » font le trajet retour avec l’argent liquide qui sera transmis au « banquier », qui le redistribue au centralisateur. Ces acteurs ne sont pas domiciliés en France et n’ont pas été interpellés, précise le site français, a contrario du receleur et de son bras droit, ainsi que du centralisateur, des Marocains âgés d’une trentaine d’années, qui ont été placés en détention provisoire. Quant au banquier, jeune majeur et bénéficiant d’un visa étudiant, il a été mis sous bracelet électronique.

Ce démantèlement intervient alors que les vols ont fait un bond de 12% en un an dans la capitale française, les transports en commun étant particulièrement touchés, rappelle Le Parisien. Rien que dans le RER et le métro, 7.485 larcins ont été commis entre janvier et octobre 2019, contre 4.721 sur la même période en 2018, soit une augmentation de 59%.