Ousmane Sonko, l’opposant dont l’arrestation enflamme le Sénégal

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Ousmane Sonko, dont l’arrestation a entraîné les pires troubles qu’ait connus le Sénégal depuis des années, est un député encore jeune qui sous une apparente courtoisie n’hésite jamais attaquer de front le président Macky Sall, dont il annonce ouvertement vouloir prendre la succession.

« Si Macky Sall veut me liquider, il devra, pour une fois, accepter de se salir les mains », a prévenu la semaine dernière le parlementaire de 46 ans, principal opposant du pays bien qu’il n’ait jamais exercé de fonction gouvernementale. « Nous pouvons perdre des plumes, mais Macky peut perdre son pouvoir » dans cette affaire, a-t-il aussi dit.

Son arrestation mercredi sur le chemin du tribunal, où il se rendait pour être interrogé sur des accusations de viols d’une employée d’un salon de beauté, qu’il réfute, a provoqué la colère de ses partisans, souvent des jeunes confrontés au chômage.

Ousmane Sonko, fonctionnaire pendant 15 ans, se range parmi les gens ordinaires. Il explique d’ailleurs s’être rendu dans ce salon car il ne pouvait pas s’offrir les services d’un kiné professionnel pour soulager ses maux de dos.

« Théoriquement, aucun homme politique au Sénégal ne devrait être très, très riche, puisque nous savons d’où provient la richesse, souvent, des hommes politiques en Afrique. C’est de la richesse qui provient des détournements de deniers publics », dénonçait-il en 2018 sur TV5-Monde.

Son arrestation a été suivie de heurts à travers le pays, de pillages et de saccages de commerces, principalement des enseignes françaises comme Auchan et Total. Des médias réputés proches du pouvoir ont aussi été attaqués et un jeune homme tué lors d’une manifestation en Casamance, le fief d’Ousmane Sonko dans le sud du pays.

 

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Ousmane Sonko, apparu sur la scène politique en créant en 2014 son propre parti, Pastef-Les Patriotes, s’est fait connaître deux ans plus tard en étant radié de son poste d’inspecteur des impôts après avoir dénoncé l’opacité de certains contrats publics et les privilèges indus selon lui de la classe politique.

Elu député en 2017, il se montre à l’aise à la télévision et souriant lors de ses rencontres avec les militants. Avec des phrases souvent percutantes, il s’inscrit en faux contre le récit officiel d’un Sénégal « sur la voie de l’émergence », mantra du président Macky Sall.

Il fait souvent mouche en dénonçant l’endettement de l’Etat, la pauvreté, l’insécurité alimentaire ou encore les systèmes sanitaire et éducatif en ruines.

« Sans complexe vis-à-vis des Français ou des Américains », Ousmane Sonko veut renégocier les contrats avec les multinationales et prône une sortie « responsable et intelligente » du franc CFA, perçu comme un symbole post-colonial.

« Il faut protéger notre tissu national, il faut renforcer nos industriels. Les faveurs fiscales qu’on fait aux étrangers, c’est à nos nationaux qu’il faut les faire », dit-il.

 

Un opposant très discret sur sa vie privée

 

Ousmane Sonko a véritablement acquis une stature nationale lors de la présidentielle de 2019. Trublion « anti-système » face à des candidats plus âgés, il a terminé troisième avec 15% des voix, loin tout de même derrière Macky Sall, réélu avec 58% des suffrages.

S’il se retrouve pratiquement sans concurrence au sein de l’opposition et bien placé pour la présidentielle de 2024, c’est aussi parce que Macky Sall a fait rentrer dans sa majorité son dauphin à la présidentielle, l’ancien Premier ministre Idrissa Seck.

Et parce que Karim Wade, fils et ancien ministre de l’ex-président Abdoulaye Wade, et Khalifa Sall, maire déchu de Dakar, tous deux frappés par des condamnations pour des malversations financières, restent en retrait de la politique.

Ousmane Sonko, qui porte avec la même élégance le boubou traditionnel ou le costume occidental, est discret sur sa vie privé. Musulman, il s’affiche régulièrement avec son guide religieux mouride, une des plus influentes confréries du pays. On sait qu’il a deux épouses et plusieurs enfants.

Il a été accusé par le passé d’une trop grande proximité avec les salafistes, une manière selon lui de tenter de le salir. Les accusations actuelles sont de la même veine et proviennent du président Macky Sall lui-même, désireux de l’écarter des prochains scrutins, estime-t-il, malgré les dénégations du chef de l’Etat.