Nucléaire iranien: Israël ouvert à l’idée d’un accord élargi

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Israël est ouvert à l’idée émise par l’Allemagne d’un accord iranien plus large, incluant notamment les programmes balistiques iraniens, après l’entrée en fonction de Joe Biden, assure l’ambassadeur israélien à Berlin.

L’appel récent du chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, à élargir l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 constitue un « pas dans la bonne direction », explique à l’AFP Jeremy Issacharoff, ambassadeur en Allemagne depuis 2017.

L’actuel président américain Donald Trump, qui quittera la Maison Blanche en janvier, avait claqué la porte en 2018 de l’accord conclu par les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni avec l’Iran pour l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire, le jugeant insuffisant pour endiguer les comportements « déstabilisateurs » de la République islamique.

Le président-élu démocrate Joe Biden a lui confirmé son projet de revenir dans cet accord.

– Partenariat « triangulaire » –

Ces dernières semaines, Téhéran a toutefois durci sa position. Au point que début décembre, Paris, Londres et Berlin ont exprimé leur « profonde préoccupation » face à l’installation de trois nouvelles cascades de centrifugeuses avancées d’enrichissement d’uranium à Natanz (centre de l’Iran).

 

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M. Maas avait plaidé le 4 décembre pour un « accord nucléaire plus », qui interdirait le développement d’armes nucléaires mais aussi les fusées balistiques « qui menacent toute la région ».

Pour l’ambassadeur israélien, les pays signataires de l’accord doivent tenir compte de « l’implication déstabilisatrice » de l’Iran dans des pays tels que la Syrie, le Liban, le Yémen et l’Irak avant toute nouvelle négociation avec Téhéran.

« Je pense que les gens doivent comprendre qu’on ne peut pas simplement revenir en 2015 », fait-il valoir. « Il y a eu une production de missiles et des essais de missiles et ces questions doivent être abordées ainsi que les violations massives que l’Iran a commises de l’ensemble de l’accord JCPOA », relève M. Issacharoff.

Le représentant israélien à Berlin se félicite par ailleurs de l’engagement plus actif de l’Allemagne au Moyen-Orient et du « partenariat stratégique » développé avec l’Etat hébreu 75 ans après la Shoah.

Avec l’arrivée de M. Biden, le « ton » des relations entre Berlin et Washington devrait s’améliorer, prédit-il. M. Issacharoff souhaite la mise en place entre les trois pays d’une relation « triangulaire de partenariat stratégique » sur les questions de sécurité au Moyen-Orient, « ce qui, je pense, serait très bon pour toutes les parties ».

– « Engagement » –

Les efforts menés par l’Allemagne pour expier les atrocités nazies ont permis, selon lui, aux relations avec Israël de s’épanouir depuis le début de leurs relations diplomatiques en 1965.

M. Issacharoff évoque notamment les visites « émouvantes » du président allemand Frank-Walter Steinmeier au mémorial de l’Holocauste Yad Vashem à Jérusalem et à Auschwitz cette année, ainsi que les exercices militaires conjoints menés en août entre les pilotes de chasse israéliens et allemands.

« Des questions de défense à la culture, des engagements entre les peuples à l’économie, de la cybernétique au renseignement, je ne peux voir cela que comme un partenariat qui évolue et devient l’un des, je dirais même probablement le plus important partenariat pour Israël en Europe et même en termes globaux », salue le diplomate.

Berlin aurait ainsi joué un rôle constructif, selon M. Issacharoff, dans les accords conclus sous l’égide des Etats-Unis entre Israël et quatre nations arabes, le Maroc, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan.

 

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Le ministre allemand des Affaires étrangères avait ainsi accueilli à Berlin ses homologues israélien et émirati pour leur toute première rencontre, une « étape très importante pour l’Allemagne et un signe très important de son engagement dans le processus », a souligné l’ambassadeur.

M. Issacharoff rend un hommage appuyé à Angela Merkel, qui quittera le pouvoir en 2021 après 16 années à la chancellerie.. « Il est important de reconnaître son incroyable contribution à la force de la relation » germano-israélienne, souligne-t-il, espérant que cet engagement « perdurera dans la politique étrangère allemande ».

« Je suis galvanisé et très inspiré par le chemin que deux pays peuvent parcourir après une période aussi difficile pour devenir si proches », conclut-il.