Migrants: Bruxelles balaie les «menaces» italiennes

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Les représentants de douze États membres, réunis vendredi à Bruxelles, n’ont pas cédé à l’ultimatum de Rome. Ce vendredi soir, Luigi Di Maio et Matteo Salvini ont réitéré leurs menaces.

La tension est encore montée d’un cran entre Bruxelles et Rome vendredi. En cause, l’ultimatum posé jeudi soir par les dirigeants italiens concernant le sort des migrants du Diciotti , ce navire des gardes-côtes italiens stationné dans le port de Catane, en Sicile. Rome refuse de procéder au débarquement des 150 migrants et attend depuis une semaine leur «répartition» entre États membres. Mais cette répartition tarde à venir, faisant monter la pression crescendo de part et d’autre. «Nous sommes à la recherche d’une solution», répète-t-on à la Commission depuis le début de la semaine, ajoutant qu’il faut désormais trouver des «solutions pérennes».
À la veille d’une réunion informelle entre les sherpas de douze États membres, Rome a donc voulu pousser son avantage. Cette fois, l’attaque n’est pas venue du chef de file de la Ligue et ministre de l’Intérieur Matteo Salvini mais de Luigi Di Maio, le leader du Mouvement 5 étoiles et vice-premier ministre italien. «Nous avons eu l’occasion de voir au cours de ces derniers mois comment fonctionne l’approche modérée envers l’Union européenne et comment fonctionne la ligne dure envers l’Union européenne», a-t-il mis en garde sur Facebook. «Si l’UE s’obstine dans ce comportement, si demain la réunion de la Commission ne décide rien, s’il n’en sort rien sur le navire Diciotti et sur la redistribution des migrants, alors moi et tout le Mouvement 5 étoiles nous ne serons plus disposés à donner 20 milliards d’euros à l’Union européenne chaque année», a-t-il encore prévenu.

isant cela, le chef de file du Mouvement 5 étoiles a mis l’exécutif européen en ébullition. D’ordinaire très mesurés et assez peu loquaces, les porte-parole de la Commission ont réagi avec vigueur, vendredi, lors de la conférence de presse quotidienne. «En Europe, les menaces ne servent à rien et ne mènent nulle part. La seule façon de régler les problèmes, c’est de travailler ensemble», a martelé Alexandre Winterstein. «Les commentaires peu constructifs n’aident pas et ne nous rapprochent pas d’une solution», a-t-il encore souligné.
Réunion en urgence
C’est sur la recherche de cette solution que les représentants de douze États membres conviés à Bruxelles ont calé vendredi lors de la réunion convoquée en urgence par la Commission européenne. Autour de la table, l’ensemble des pays en première ligne sur ces questions de migration et ayant accueilli des migrants au cours de l’été: France, Italie, Espagne, Allemagne, Portugal, Luxembourg, Malte, Autriche, Pays-Bas, Belgique, Irlande, Grèce. «L’Italie faisait pression en faveur d’une solution pour le Diciotti, mais ce n’était pas l’élément le plus important pour les autres. Ils voulaient plutôt parler de solutions structurelles pour les navires de Méditerranée. Il n’y a donc pas eu d’accord sur le Diciotti », a annoncé un diplomate cité par l’AFP.
«Les négociations sont très difficiles, notamment avec l’Italie», confie un proche du dossier. À l’issue de cette réunion, rien n’a filtré sur la solution pérenne sur laquelle devaient se pencher les sherpas pour tenter de mettre un terme à la crise qui secoue l’Europe autour de ces questions migratoires. Le sujet sera à l’ordre du jour du prochain sommet européen, celui de Salzbourg, les 19 et 20 septembre.
Au regard de l’ultimatum posé par l’Italie, une voie de sortie semblait de toute façon très hypothétique, voire hors d’atteinte à ce stade. Et c’est peut-être d’ailleurs ce que souhaite Rome. Le gouvernement italien va-t-il effectivement mettre ses menaces à exécution et se soustraire à ses obligations financières? Vendredi soir, Luigi Di Maio a confirmé ses intentions. «L’Union européenne a décidé de tourner le dos à l’Italie encore une fois», a-t-il écrit sur sa page Facebook. «Nous sommes prêts à réduire les fonds que nous donnons à l’Union européenne», a-t-il ajouté.
Un peu plus tard, Matteo Salvini lui emboîtait le pas: «Si en Europe, ils font semblant de ne pas comprendre, étant donné que nous payons abondamment, on fera ce qu’il faut pour payer un peu moins». Certes, ce n’est pas la première fois qu’un État membre fait mine de ne pas vouloir verser sa quote-part au budget européen – 12 milliards d’euros en 2017 pour l’Italie. Mais jamais aucun n’est à ce jour passé à l’acte. «Si les Italiens veulent jouer à cela, nous avons des moyens de pression, s’agace un cadre du Parlement. Nous pouvons couper les fonds européens et en priver les collectivités locales italiennes.»