Pour Merkel, le temps de la confiance avec les Etats-Unis est «quasiment révolu»

39

De retour du sommet du G7, la chancelière allemande n’a pas mâché ses mots, ce dimanche, pour parler de la relation transatlantique. «Nous, Européens, devons prendre notre destin en main», a-t-elle ajouté.

Angela Merkel a qualifié dimanche de «quasiment révolue» l’époque où la confiance prévalait, dans une apparente allusion à la relation entre l’Europe et les Etats-Unis, mise à rude épreuve lors du voyage en Europe du président américain Donald Trump. «L’époque où nous pouvions entièrement compter les uns sur les autres est quasiment révolue. C’est mon expérience de ces derniers jours», a dit Angela Merkel lors d’un meeting à Munich, dans le Sud de l’Allemagne. «Nous, Européens, devons prendre notre destin en main», a-t-elle ajouté. «Nous devons nous battre pour notre propre destin», a poursuivi la chef du gouvernement allemand, selon qui les relations avec le président français Emmanuel Macron doivent être d’autant plus étroites.

Angela Merkel s’exprimait dans la capitale bavaroise au lendemain d’un sommet du G7 (Allemagne, France, Italie, Japon, Canada, Etats-Unis, Royaume-Uni) à Taormine, en Sicile, où l’unité des sept pays parmi les plus riches du monde s’est brisée face à un Donald Trump refusant de s’engager en faveur de l’accord de Paris contre le réchauffement climatique. Le président américain fait durer le suspense. Ironie amère: il a annoncé d’un tweet, peu avant la diffusion de la déclaration finale constatant l’absence de position commune, qu’il trancherait «la semaine prochaine».

La chancelière allemande avait déjà jugé les discussions de vendredi et samedi sur le climat «pas du tout satisfaisantes». «Toute la discussion sur le sujet du climat a été très difficile, pour ne pas dire pas du tout satisfaisante», a déclaré Mme Merkel devant la presse. «Nous avons ici une situation à six contre un, ce qui signifie qu’il n’y a encore aucun signe quant à savoir si les Etats-Unis resteront ou non dans l’accord de Paris» sur le climat, a-t-elle ajouté.

Perplexité et défiance

Le premier déplacement de Donald Trump en Europe devait être l’occasion d’apaiser, de clarifier: le président américain aura au contraire alimenté la perplexité et la défiance. A Bruxelles, au sommet de l’Otan, il a infligé une sérieuse déconvenue à ses alliés en refusant de s’engager explicitement en faveur de leur défense collective. Se posant en défenseur intraitable du contribuable américain, le locataire de la Maison-Blanche a, dans une allocution aux accents de campagne, fait la leçon à des Alliés accusés de devoir «d’énormes sommes d’argent».

Il y a aussi qualifié les pratiques commerciales des Allemands de «mauvaises, très mauvaises», selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. Si le président français, Emmanuel Macron, a vu des «progrès» dans la discussion sur le climat et a qualifié son homologue américain de «pragmatique», «ouvert» et «à l’écoute», Angela Merkel cachait à peine sa frustration à l’issue du sommet. Les relations entre les deux chefs de l’Etat n’avaient pas démarré sous les meilleurs auspices: Donald Trump avait refusé de serrer la main de la chancelière allemande lors de sa première visite à la Maison Blanche, en mars dernier. Une image qui avait fait le tour du monde.