Mauritanie: remise en liberté d'un blogueur accusé de blasphème détenu depuis 2014

à 13:45
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Après cinq années de détention, au-delà de la peine infligée pour un article jugé blasphématoire envers le prophète de l'islam, le blogueur mauritanien Mohamed Cheikh Ould Mkheïtir a été "remis en liberté" à la veille de l'investiture du nouveau président du pays, sans toutefois recouvrer son entière liberté de mouvement.

Reporters sans frontières (RSF) est "heureux d'annoncer la remise en liberté" de M. Ould Mkheïtir, 36 ans, "initialement condamné à mort, plus de cinq ans et demi après son incarcération", a annoncé l'ONG de défense de la liberté de la presse dans un communiqué.

Il a été "remis en liberté à l'aube lundi 29 juillet", a précisé Reporters Sans Frontières, selon qui, "contacté directement par RSF, il a remercié les organisations qui se sont mobilisées pour sa libération depuis près de 6 ans".

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Depuis Nouakchott, son avocate, Fatimata Mbaye, a confirmé sa "remise en liberté". "Il a été libéré hier (lundi) du lieu où il était en résidence surveillée", a-t-elle expliqué à l'AFP, tout en soulignant que M. Ould Mkheïtir n'était "pas entièrement libre de ses mouvements".

Le jeune homme "n'est plus à Nouakchott", a ajouté son avocate, qui n'a pas souhaité donner plus de précisions en raison de la sensibilité du dossier.

Excuses publiques

M. Ould Mkheïtir, détenu depuis janvier 2014, a vu sa condamnation à mort pour apostasie ramenée en appel à deux ans de prison en novembre 2017, après avoir exprimé son repentir. Il aurait donc dû être remis en liberté, le pourvoi en cassation du parquet n'étant pas suspensif. Mais il avait été placé depuis en détention administrative.

Le président mauritanien sortant, Mohamed Ould Abdel Aziz, qui doit être remplacé jeudi par le président élu, l'ancien chef d'état-major Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, avait le 20 juin justifié cette situation par la "sécurité personnelle" du blogueur "aussi bien que celle du pays".

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M. Ould Mkheïtir s'est à nouveau publiquement repenti ses derniers jours sur sa page Facebook et à la télévision, une condition posée par des chefs religieux pour sa libération, selon un responsable mauritanien.

"Comme je l'avais annoncé au début de 2014 et comme je l'ai répété à toutes les occasions qui s'offraient à moi devant les tribunaux, je réaffirme ici mon repentir devant Allah, le Seigneur des Mondes", a écrit début juillet le blogueur dans un message en arabe, son premier post sur Facebook depuis 2014.