Manifestation d’Algériens à Paris pour fêter le « premier printemps » en 1988

126
Photo by GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Plus d’un millier d’Algériens et binationaux ont défilé dimanche à Paris, pour rappeler leur « premier printemps » d’octobre 1988, une révolte sévèrement réprimée, et exiger un « changement du régime » au pouvoir en Algérie.

Les manifestants de dimanche, « près de 10.000 » selon les organisateurs, 1.200 participants selon une source de la préfecture de police, s’étaient rassemblés en plus grand nombre qu’à leur précédente marche de la mi-septembre.

Ils répondaient à un « appel unitaire » d’une trentaine de collectifs pour commémorer la révolte de 1988 qui « portait un désir profond de changement exprimé par un ras-le-bol généralisé » et dont « la répression fut sanglante avec plus de 500 morts ».

Dans leur appel, ils ont demandé « la libération immédiate des détenus politiques et d’opinion » (une soixantaine, selon le Comité national pour la libération des détenus), « le départ ordonné et pacifique mais inconditionnel et complet du système » et « l’amorce d’une transition démocratique dans la perspective d’un Etat de droit, démocratique et social ».

Drapeaux algériens ou berbères, femmes et hommes de tous âges venus souvent en famille, le défilé très coloré était rythmé par les chants et percussions des « haragas », ces jeunes qui ont immigré clandestinement par la mer.

 

Lire aussi. En Algérie, la réforme constitutionnelle divise coalition au pouvoir et oppositions

 

« Pouvoir assassin », « Pour une transition démocratique indépendante du système en Algérie », « Le peuple uni ne sera jamais vaincu », derrière de grandes banderoles, les militants et citoyens ont marché de la place de la République jusqu’à Nation.

« Le 5 octobre (1988) a été pour l’Algérie notre premier printemps, c’est là où toute la jeunesse est sortie pour revendiquer les droits et pour revendiquer des changements », a souligné à l’AFP la célèbre chanteuse algérienne Souad Massi.

L’artiste, connue dans le monde entier, a jugé « important qu’on soit ici car on est aussi Algériens et on a les moyens de nous exprimer et porter la voix de l’Algérie. Car la presse est muselée en Algérie et plusieurs détenus politiques et certains journalistes sont en prison ».

– « Le combat continue » –

Même si le « hirak » a été stoppé par le confinement, après des manifestations pacifiques qui ont vu des millions d’Algériens descendre dans la rue de février 2019 jusqu’en mars dernier, la chanteuse s’est dite optimiste: « le combat continue ».

Comme beaucoup de manifestants, plus que la commémoration du passé, Djhora Laribi a expliqué être venue « pour demander la libération des détenus d’opinion arrêtés parfois seulement pour avoir posté une page sur Facebook ».

Elle a jugé utiles les marches organisées en France ou ailleurs par la diaspora algérienne « pour aider nos compatriotes en Algérie qui sont dans une prison à ciel ouvert, n’ont aucun droit d’expression ».

« Ce que nous faisons aujourd’hui à l’étranger, c’est le prolongement naturel de ce qui se passe en Algérie », a renchéri Ali Mimoun, un jeune ingénieur pour qui il « faut maintenir la flamme du hirak, la révolution pacifique algérienne ».

Il a souhaité « dénoncer avec force les intimidations de militants, l’emprisonnement arbitraire des journalistes, des artistes et de simples citoyens parce que simplement rester dehors, devant un tribunal et filmer avec son téléphone est devenu un délit, un crime en Algérie ».

Ali Zatout est venu de Montpellier (sud) avec son collectif Camda pour réclamer une réelle démocratisation de l’Algérie: « on a obtenu le départ du président (Abdelaziz) Bouteflika » mais « il a été remplacé par les siens, rien n’a changé ».

D’autres manifestants ont critiqué la position de la France: « nous sommes là pour faire dégager le pouvoir criminel en Algérie et pour dénoncer la France officielle qui soutient les criminels au pouvoir en Algérie », a dit un homme masqué.