Malgré le Covid-19, le plus gros fonds souverain au monde a gagné 100 milliards d’euros en 2020

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Le fonds souverain de la Norvège, le plus gros au monde, a engrangé plus de 100 milliards d’euros de gains en 2020, les espoirs générés par les vaccins anti-Covid ayant eu raison des turbulences provoquées par la pandémie.

Tiré essentiellement par les marchés boursiers, en particulier les valeurs technologiques comme Apple et Amazon, le fonds a dégagé un rendement de 10,9% l’an dernier, a annoncé jeudi la Banque de Norvège, qui chapeaute sa gestion. Gonflée par des gains totaux de 1.070 milliards de couronnes (101,5 milliards d’euros), les deuxièmes plus gros de son histoire en chiffre absolu, sa valeur a atteint la somme astronomique de 10.914 milliards de couronnes (1.035 milliards d’euros) fin décembre. « Bien que la pandémie ait marqué 2020 de son empreinte, cela a de nouveau été une bonne année pour le fonds », a résumé son président, le gouverneur de la banque centrale Øystein Olsen.

Au-delà de ses seules conséquences sanitaires désastreuses, la pandémie de Covid-19 et les restrictions qu’elle a entraînées ont plongé la planète dans la récession, détruisant des millions d’emplois et provoquant d’innombrables faillites. Le Fonds monétaire international a chiffré cette semaine à 22.000 milliards de dollars –plus de 17 fois la valeur du fonds souverain norvégien– les pertes qu’occasionnera le virus sur le PIB mondial entre 2020 et 2025.

Si l’économie mondiale s’est contractée de 3,5% l’an dernier selon les dernières estimations du FMI, les Bourses ont, malgré d’énormes fluctuations, bien résisté. À tel point que l’institution de Washington a mis en garde mercredi contre une déconnexion entre l’économie réelle et les marchés. Recueillant les revenus pétroliers publics pour financer les futures dépenses du généreux État-providence norvégien, le fonds souverain de la Norvège a lui-même enregistré en 2020 un gain de 12,1% sur ses placements en actions, qui représentent 72,8% de son portefeuille. La quasi-totalité de ces gains ont été réalisés au quatrième trimestre « avec des nouvelles positives sur les vaccins », a noté le numéro deux du fonds, Trond Grande, lors d’une conférence de presse. Pour les investisseurs, les campagnes de vaccination laissent présager, à plus ou moins long terme, un retour à la normale.

Présent au capital de quelque 9.200 entreprises, l’énorme bas de laine norvégien détient l’équivalent de 1,5% de la capitalisation boursière mondiale. « Les entreprises technologiques ont enregistré le rendement le plus élevé en 2020, avec des gains de 41,9%. Cela est principalement dû à la pandémie qui a généré une augmentation massive de la demande de produits en ligne pour le travail, l’éducation, le commerce et le divertissement », a souligné le directeur du fonds, Nicolai Tangen. Les géants technologiques américains sont d’ailleurs ceux qui ont le plus contribué aux performances financières, avec Apple (gains de 84 milliards de couronnes), Amazon (51 milliards) et Microsoft (41 milliards). Tesla suit juste après, avec 36 milliards. A l’inverse, les valeurs pétro-gazières et financières ont affecté négativement les résultats du fonds.

Géographiquement, les meilleures performances ont été enregistrées aux États-Unis et en Chine tandis que le Royaume-Uni, en plein Brexit, a entraîné des pertes d’environ 70 milliards de couronnes. Les investissements obligataires (24,7% de ses actifs) ont quant à eux rapporté 7,5% tandis que l’immobilier non coté (2,5% du portefeuille) est resté étale, avec une perte limitée à 0,1%. « Le rendement élevé (dégagé en 2020, ndlr) nous rappelle aussi que la valeur du fonds pourrait beaucoup varier à l’avenir », a toutefois prévenu M. Olsen.

Ses propos font écho à ceux d’un nombre grandissant d’économistes qui, sur fond de turbulences boursières ces derniers jours, évoquent la possibilité d’une correction sur les marchés. L’an dernier, la valeur totale du fonds norvégien, investi exclusivement hors de Norvège, a aussi bénéficié, à hauteur de 58 milliards, de l’affaiblissement de la couronne norvégienne par rapport à plusieurs des principales devises. En revanche, le gouvernement norvégien y a ponctionné 298 milliards au cours de l’année pour soutenir l’économie nationale et amortir les effets de la crise sanitaire.