Des Guinéens expulsés d'Algérie dénoncent aussi des violences policières

Des Guinéens expulsés d'Algérie pendant une vaste opération visant des migrants africains, rentrés lundi dans leur pays via le Mali, ont accusé mardi les forces de sécurité algériennes de violences, faisant état de blessés, voire de morts.
Comme pour les témoignages similaires la semaine dernière à Bamako de Maliens expulsés, les informations sur des décès n'ont pas été confirmées de source officielle. Face aux critiques, le ministère algérien des Affaires étrangères a justifié le 17 décembre une "opération somme toute ordinaire, gérée dans le respect des droits humains des personnes rapatriées et conformément aux engagements internationaux" de l'Algérie.
 
Sur quelque 280 Guinéens expulsés qui ont franchi lundi la frontière guinéo-malienne après un voyage  de plus de deux semaines via le Niger et le Burkina Faso, plus de 80 sont arrivés à Conakry, ont-ils indiqué à l'AFP. Les expulsés, parmi lesquels des jeunes gens de 16 à 18 ans, aux yeux hagards, aux vêtements sales et aux cheveux ébouriffés, ont passé la nuit de lundi à mardi à même le sol d'une maison des jeunes en banlieue de Conakry, a constaté le correspondant de l'AFP. "Nous avons été maltraités en Algérie", a déclaré un de leurs porte-parole, Aboubacar Sylla.

"Nous avons été humiliés alors que beaucoup d'entre nous, comme moi, travaillions dans des chantiers de construction, dans les plantations pour la cueillette des fruits ou comme employés domestiques, et pour d'autres des petits métiers comme le commerce ambulant ou la vente des journaux à la criée", a-t-il expliqué. "Nous avons été ramassés comme des poulets dans nos lieux de travail ou dans notre sommeil, embarqués manu militari pour une destination dans le Sud algérien avant d'être enfermés dans des mini-conteneurs où tout le monde étouffait dans une chaleur avoisinant les 45° la journée", a témoigné Aboubacar Sylla.
 
Selon Amadou Baïlo Diallo, pendant le transfert vers le Sud algérien, "deux de nos camarades sont morts des suites des conditions de détention et des traitements dégradants dont nous avons été victimes". Aucun représentant des autorités guinéennes n'est venu s'enquérir de leur sort depuis leur arrivée, a ajouté Diallo. Le correspondant de l'AFP a vu deux malades parmi les expulsés, ainsi qu'un jeune home qui semblait avoir perdu la raison.
 
Les rapatriements forcés de migrants africains arrivés par milliers en Algérie sont fréquents depuis que la Libye voisine - jusqu'alors base de départ privilégiée pour traverser clandestinement la Méditerranée - est en proie au chaos. La reconduite de "personnes en situation irrégulière" a été effectuée à titre de "mesure de dernier recours" après des "atteintes récurrentes à l'ordre public", a affirmé la diplomatie algérienne.