Madrid veut la tenue en janvier d’élections en Catalogne

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Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy doit réunir samedi un conseil des ministres extraordinaire pour entamer le processus de suspension de l’autonomie de la région catalane.

Le gouvernement espagnol s’est entendu avec le Parti socialiste (PSOE) pour convoquer en janvier des élections en Catalogne, en vertu de l’article 155 de la Constitution qui lui permet de suspendre l’autonomie de la région, a annoncé ce vendredi la socialiste Carmen Salvo dans un entretien accordé à la télévision.

Le bras de fer est désormais total entre Madrid et la Catalogne, de plus en plus menacée de voir son autonomie suspendue. Et l’Union européenne a clairement écarté l’idée de jouer un rôle de médiateur. «On ne va pas vous cacher que la situation est préoccupante», a concédé jeudi le président du Conseil européen, Donald Tusk, lors d’un sommet des dirigeants de l’UE à Bruxelles: «Mais il n’y a pas de place, pas d’espace pour une médiation, une initiative ou une action internationales», a-t-il insisté, soutenant ainsi fortement la position de Madrid.

Le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy doit réunir samedi un conseil des ministres extraordinaire pour entamer le processus de suspension de l’autonomie. Une décision prise après l’expiration jeudi de l’ultimatum au président indépendantiste catalan Carles Puigdemont, Madrid estimant qu’il n’a pas répondu à ses exigences de retour à la légalité.

Les mesures de suspension de l’autonomie seront donc définies samedi. Une commission spéciale, qui doit être formée pour en débattre, se réunira probablement lundi. Puis Carles Puigdemont sera autorisé à faire valoir ses arguments et le Sénat, où les conservateurs du Parti populaire de Rajoy sont majoritaires, pourrait se prononcer vendredi sur la suspension de l’autonomie lors d’une séance plénière, a annoncé une porte-parole de la chambre haute.

L’idée d’élections anticipées est discutée depuis plusieurs semaines entre les dirigeants des partis politiques nationaux. Le gouvernement espagnol semblait prêt, selon plusieurs sources, à abandonner l’article 155 si Puigdemont convoquait lui-même ces élections anticipées. Car certes le «oui» à l’indépendance a recueilli 90% des voix lors du référendum du 1er octobre, mais la majeure partie des opposants à l’indépendance a boycotté ce scrutin, pour lequel la participation a été de 43%.

Barcelone a rejeté la voie des élections anticipées, qui replacerait également la Catalogne dans le cadre d’une simple région d’Espagne. En se voyant imposer ces élections dans le cadre de l’article 155, les indépendantistes peuvent en revanche espérer rentabiliser les effets de la crise de ces derniers jours en s’appuyant sur un discours victimiste.

Les distributeurs de billets pris d’assaut

Ce vendredi, des sympathisants de la cause indépendantiste en Catalogne ont effectué des retraits d’argent, importants ou symboliques, pour protester contre le gouvernement espagnol et les banques qui ont déplacé leur siège social hors de la région. Deux associations indépendantistes, l’Assemblée nationale catalane (ANC) et Omnium Cultural, ont invité les militants sur les réseaux sociaux à plusieurs «actions directes pacifiques» pour montrer leur mécontentement envers le gouvernement de Mariano Rajoy, notamment en retirant de l’argent, «de préférence entre 08H00 et 9H00» dans les cinq banques principales.

La perspective d’une sécession a en effet fait fuir des centaines de sociétés, à commencer par les deux grandes banques catalanes, CaixaBank, la troisième banque espagnole, et Banco de Sabadell, qui ont déplacé leur siège social hors de la région qui compte pour 19% du PIB national.