Macron veut sortir Trump de l’isolement

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Le président américain a atterri ce jeudi matin à Paris. Après un dîner à la tour Eiffel dans la soirée, il assistera, vendredi, au défilé du 14 Juillet.

Ses années de lycée à l’Académie militaire de New York ont laissé à Donald Trump un goût prononcé pour l’uniforme et la marche au pas. En entrant à la Maison-Blanche, il s’est entouré d’une ribambelle de généraux dont il apprécie la loyauté et l’abnégation. Pour cet homme d’ordre, d’apparences et d’apparat, ulcéré par la contestation permanente dont il fait l’objet aux États-Unis, l’offre d’Emmanuel Macron de se rendre à Paris en tant qu’invité d’honneur des festivités du 14 Juillet était presque irrésistible.

Elle justifie en tout cas que Donald Trump, qui n’aime guère les voyages au long cours, ait accepté de retraverser l’Atlantique trois jours à peine après son retour du G20 à Hambourg. Un accueil aux Invalides, un tour du Musée de l’armée, une photo devant le tombeau de Napoléon, un défilé militaire précédé d’un dîner raffiné à la tour Eiffel, homard bleu et caviar façon Alain Ducasse… «Il est enthousiaste, la première dame est enthousiaste. Rendre visite à un couple comme les Macron dans la Ville Lumière, c’est assez formidable», s’extasie un conseiller à la Maison-Blanche. On ignore si le conseiller stratégique Steve Bannon est du voyage, malgré ses connexions insoupçonnées avec la France: outre la lecture admirative de Charles Maurras, il possède un portrait de lui en Napoléon peint dans le style de David, offert par le nationaliste britannique Nigel Farage…

La symbolique du 14 Juillet colle parfaitement à ce que cherchent à faire Emmanuel Macron et Donald Trump: repartir du bon pied, après les tensions initiales, et établir une relation de travail productive, sinon une alchimie personnelle. Sur ce point, l’entourage du président américain assure que la poignée de mains musclée du G7 et les rodomontades qui l’ont suivie sont dépassées, comme Emmanuel Macron s’est attaché à le montrer au G20. «J’étais présent dans le Bureau ovale lors de plusieurs de leurs conversations téléphoniques et je vois une dynamique très positive», assure le conseiller, qui se fend d’un éloge du Français: «Le président Macron est un innovateur charismatique qui essaie de faire des choses autrement en France. Malgré leurs nombreuses et évidentes différences, (les deux hommes) ont des choses en commun dans leurs expériences.»

Selon la Maison-Blanche, l’Élysée a assuré au président américain qu’il ne serait pas confronté à Paris à des manifestations d’hostilité massives. Un récent sondage de l’institut américain Pew établit à 14 % la cote de confiance de Trump en France. Pour son homologue américain, l’un des atouts du président français est sa popularité actuelle, qui lui permet de s’afficher à ses côtés. Cet avantage sur Theresa May, fragilisée en Grande-Bretagne, et même sur Angela Merkel, en campagne électorale en Allemagne, est exploité par Emmanuel Macron pour «tendre la main» à Trump et le sortir d’un «isolement» international qu’il juge dangereux. Soucieuse de ne pas laisser les désaccords gâcher l’ambiance, la France a suggéré que les discussions prévues ce jeudi après-midi, avant une conférence de presse commune, se concentrent sur la Syrie et la lutte antiterroriste.

Les sujets de dissensions ne manquent certes pas, du retrait de l’Accord de Paris sur le climat à la menace de guerres commerciales sur l’acier ou le gaz. Mais Macron estime que s’il parvient à s’immiscer dans la conversation, il peut exercer une influence positive sur Trump. La Maison-Blanche semble bien disposée envers la France, qui est «en bonne voie» de consacrer 2 % de son PIB à la défense et assume seule une opération antiterroriste d’envergure au Sahel, «une zone vaste comme la moitié des États-Unis», souligne le conseiller du président. La commémoration du 100e anniversaire de l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale donne aux deux nouveaux dirigeants «l’occasion d’élever mutuellement leur stature internationale», estime Jeffrey Rathke, directeur de l’Europe au Centre d’études internationales et stratégiques.

Depuis qu’il est au pouvoir, Donald Trump a modulé son slogan de campagne en précisant que «l’Amérique d’abord» ne signifiait pas «l’Amérique seule». Emmanuel Macron lui propose un partenaire coopératif, malgré leurs profondes divergences de vues. Cela peut être tentant pour celui dont les ennuis domestiques se font de plus en plus pressants, avec l’enquête fédérale sur les liens entre sa campagne et le Kremlin. Accessoirement, Macron aura marqué un point si son hôte repart convaincu que «la France est toujours la France», contrairement à ce qu’il martelait durant la campagne.