Libye: Paris tente de se distancier du maréchal Haftar

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AFP.

La France a tenté lundi de prendre ses distances avec le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est de la Libye dont les forces avancent vers Tripoli, après l’avoir longtemps soutenu.

Une source diplomatique française, qui a demandé à rester anonyme, a assuré lundi que Paris n’avait aucun « plan caché » en Libye et que si les hommes du maréchal parvenaient à s’emparer de la capitale, la France ne lui « ne reconnaîtrait aucune légitimité ».

L’offensive du maréchal Haftar et de son autoproclamée Armé nationale libyenne sur Tripoli, qui a déjà fait des dizaines de morts, porte un rude coup au fragile processus de négociations mené depuis des années par l’ONU et interroge sur les soutiens dont a joui l’homme fort de l’est libyen.

La France, qui se pose en médiateur entre les deux camps libyens, est régulièrement accusé de favoriser sur le terrain le camp d’Haftar, et le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian lui a rendu plusieurs fois visite dans son fief de Benghazi.

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Dans un tweet publié lundi sur son compte officiel, l’ambassade de France en Libye a déclaré : « La France soutient le Gouvernement d’Union nationale et n’était pas informée de l’opération de Khalifa Haftar ».

Les autorités françaises ont « fait passer le message » (au maréchal Haftar) « qu’il n’y avait pas de solution militaire, qu’il fallait négocier et que le seul gouvernement légitime était celui du Premier ministre Fayez al-Sarraj », a ajouté la même source diplomatique.

« On dit souvent que la France aurait des velléités de placer Haftar au pouvoir. Or nous avons toujours tout fait pour consolider la place du gouvernement légitime et remettre l’ONU au centre du jeu. Il n’y a pas de plan caché ni de double discours », a-t-elle assuré.

L’homme fort de la Cyrénaïque (est) « a été un partenaire important » dans la lutte contre le terrorisme islamiste et contre l’immigration clandestine, « ce qui explique sa relation forte avec nous », admet le diplomate. « Mais pour atteindre la stabilité politique, il est évident que ce sera avec le gouvernement légitime et d’autres acteurs libyens. Nous ne pouvons atteindre nos objectifs en ayant une stratégie pro-Haftar. Ce n’est pas possible et pas cohérent ».

« L’ambassadrice de France s’est entretenue samedi avec Fayez al-Sarraj et lui a dit que nous avions rien à voir avec cette offensive militaire et que nous avions fait passer le message au maréchal Haftar pour le dissuader de continuer à avancer », a indiqué la même source.

« Position ambigüe » 

Le maréchal Haftar est de longue date soutenu par l’Egypte, les Emirats arabe Unis et l’Arabie Saoudite, trois pays avec lesquels la France maintient des relations étroites, diplomatiques et militaires.

En juillet 2016, Paris avait été contraint de reconnaître que trois de ses militaires tués dans un accident d’hélicoptère en Libye menaient bien une mission de renseignement auprès des forces du maréchal Haftar.

« La position de la France est ambiguë » a assuré à l’AFP le chercheur Arturo Varvelli, de l’Institut d’études politiques internationales de Milan (ISPI). « Elle soutient officiellement la médiation de l’ONU, mais elle soutient de facto Haftar ».

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Selon lui, le soutien français a commencé « en 2015, pour démontrer l’engagement français dans la lutte contre le radicalisme islamiste, et aussi à cause de l’importance de la Cyrénaïque dans les intérêts énergétiques français ».

Les mauvaises relations actuelles entre Paris et Rome, qui soutient de longue date le GNA de Faïez Sarraj installé à Tripoli, ont également joué un rôle, estime M. Varvelli.

Cette offensive du maréchal Haftar intervient quelques jours avant la tenue programmée d’une conférence nationale sous l’égide des Nations Unies à Ghadamès (sud-ouest), qui est censée établir une « feuille de route » pour stabiliser le pays, avec la tenue d’élections générales.

L’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, a assuré samedi que cette conférence était maintenue aux dates prévues, du 14 au 16 avril, sauf en cas de « circonstances majeures ».