Libye: Haftar poursuit son offensive malgré les appels de la communauté internationale

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Le maréchal Khalifa Haftar. DR

Les forces loyales au maréchal Khalifa Haftar poursuivent samedi leur offensive vers la capitale libyenne Tripoli, faisant fi des appels de la communauté internationale à la cessation des hostilités, dont la reprise risque de plonger le pays dans la guerre civile.

La progression de l’Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par son chef autoproclamé  Haftar, est ralentie par les forces loyales à l’autorité rivale –le Gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par la communauté internationale et basé à Tripoli– qui tentent de faire face à l’assaut lancé jeudi sur la capitale. Samedi, les forces pro-GNA ont mené au moins un raid aérien contre une position de l’ANL à une cinquantaine de km au sud de Tripoli, dans la région d’Al-Aziziya, a indiqué l’ANL, promettant de riposter.

La Force de protection de Tripoli, une alliance de milices loyales au GNA, a confirmé que des raids aériens « intensifs » étaient menés contre l’ANL depuis l’aéroport de Mitiga à Tripoli et de Misrata (ouest). Au sol, les combats entre les deux camps rivaux s’intensifiaient au sud de la capitale. Au moins un groupe armé de Misrata, « la brigade 166 », est arrivé à l’est de la capitale pour participer à la contre-offensive, a constaté un photographe de l’AFP.

« Nous attendons les ordres pour repousser toute avancée de l’ennemi vers Tripoli », a déclaré à l’AFP le porte-parole de ce groupe, Khaled Abou Jazia. Des dizaines de véhicules armés notamment de canons antiaériens se sont rassemblés à Tajoura, dans la banlieue est de Tripoli, selon un photographe de l’AFP.

Sortir de l’impasse

Depuis la chute en 2011 du régime Kadhafi, la Libye est plongée dans le chaos avec la présence de nombreuses milices et les deux autorités rivales du GNA et de l’ANL. La nouvelle escalade de violence intervient avant une Conférence nationale sous l’égide de l’ONU prévue mi-avril à Ghadamès, dans le sud-ouest du pays, afin de dresser une « feuille de route » avec la tenue d’élections pour tenter de sortir le pays de l’impasse.

Le visage grave, l’émissaire de l’ONU pour la Libye Ghassan Salamé a déclaré samedi que la conférence serait maintenue, malgré l’assaut lancé par le maréchal Haftar sur Tripoli. « Nous sommes déterminés à organiser » cette conférence interlibyenne « à la date prévue », du 14 au 16 avril, « sauf si des circonstances majeures nous en empêchent », a-t-il dit lors d’une conférence de presse à Tripoli. Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a lui appelé à un « dialogue inclusif » et « sans les échéances artificielles que certains essaient d’imposer (aux Libyens) depuis l’extérieur », sans préciser ni à quelles « échéances » il se référait, ni qui il visait dans cette déclaration.

Des analystes estiment que la conférence n’est toutefois « plus d’actualité ». « Elle avait déjà peu de signification avant l’incursion de Haftar. Aujourd’hui, elle en a encore beaucoup moins », selon Jalel Harchaoui, chercheur à l’institut Clingendael de La Haye (Pays-Bas). A son départ de Libye vendredi, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a dit quitter le pays « avec une profonde inquiétude et un coeur lourd » mais « espérant toujours possible d’éviter une confrontation sanglante à Tripoli et ses environs ». Il avait rencontré jeudi à Tripoli le chef du GNA Fayez al-Sarraj et le maréchal Haftar à Benghazi (est) vendredi.

« Avancée maudite »

Jeudi, Khalifa Haftar a ordonné à ses forces d' »avancer » en direction de Tripoli. « L’heure a sonné », a-t-il dit dans un message audio, promettant d’épargner les civils, les « institutions de l’Etat » et les ressortissants étrangers. La force de protection de Tripoli a aussitôt annoncé une contre-offensive et de puissants groupes armés de Misrata se sont dits « prêts à stopper l’avancée maudite » des pro-Haftar. Les forces de l’ANL ont été repoussées de quelques km vendredi soir après s’être emparées brièvement de l’aéroport international de Tripoli, à une trentaine de kilomètres au sud de la ville, inutilisé depuis qu’il a été détruit en 2014 par des combats.

L’escalade de la violence aux portes de Tripoli suscite la crainte des habitants, même si le centre-ville reste calme, ont constaté des journalistes de l’AFP. La circulation était fluide malgré des embouteillages provoqués par les files d’attente devant les stations-services et les supermarchés. « Par précaution, on doit stocker tout ce qui est nécessaire, car on ne sait jamais ce qui peut se passer », a dit à l’AFP Farida, une mère de famille dans un supermarché dans le centre de Tripoli.

Réunis vendredi en France, les ministres des Affaires étrangères des sept pays les plus industrialisés (G7) ont « exhorté » tous les acteurs à stopper « immédiatement » tous « les mouvements militaires vers Tripoli, qui entravent les perspectives du processus politique mené par les Nations unies ». « Il n’y a pas de solution militaire au conflit libyen », ont souligné les chefs de la diplomatie des Etats-Unis, du Canada, de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, d’Italie et du Japon.