Vidéo. Liban: craignant d’être assassiné, Saad Hariri démissionne

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À la surprise générale, le chef du gouvernement Saad Hariri a annoncé ce samedi sa démission, accusant le Hezbollah chiite et son allié iranien de «mainmise» sur le Liban. Son père, Rafic Hariri, qui fut également premier ministre, a été assassiné en 2005.

Le premier ministre libanais Saad Hariri a annoncé ce samedi, à la surprise générale, sa démission en accusant le Hezbollah chiite, qui fait partie de son gouvernement, et son allié iranien de «mainmise» sur le Liban et en affirmant avoir peur d’être assassiné. «J’annonce ma démission du poste de premier ministre», a déclaré le chef du gouvernement, qui se trouve actuellement en Arabie saoudite, dans un discours retransmis par la chaîne satellitaire Al-Arabiya.

Le dirigeant sunnite – qui possède également la nationalité saoudienne – était en fonction depuis le mois de janvier dernier et avait déjà été aux affaires, à la tête d’un gouvernement d’«accord national», de 2009 à 2011. Le système de partage du pouvoir au Liban entre communautés prévoit que le poste de chef de l’État revient à un chrétien maronite, actuellement Michel Aoun, celui de premier ministre à un sunnite et celui de président du Parlement à un chiite.

«Je sens que ma vie est visée», a dit Hariri, affirmant que le Liban vivait une situation similaire à celle qui prévalait avant l’assassinat en 2005 de son père Rafic Hariri, lui aussi ancien premier ministre.

Le Liban encore hanté par l’assassinat de Rafic Hariri

Son père, qui dirigea plusieurs gouvernements de 1992 à 2004, fut tué le 14 février 2005 à Beyrouth lors d’un attentat-suicide à la bombe. Chargée de 1800 kg d’explosifs, la camionnette utilisée le tua, ainsi qu’une vingtaine de passants. Hariri père, lui aussi proche de l’Arabie saoudite, s’opposait à l’influence de la Syrie, notamment à la présence depuis presque trois décennies de l’Armée syrienne au Liban. Quelques mois avant son assassinat, reçu à Damas, Rafic Hariri avait été vivement interpellé par le président syrien Bachar al-Assad, qui avait menacé de «briser le Liban sur [sa] tête». Si aucun jugement n’a encore été rendu, quatre membres du Hezbollah sont mis en cause dans ce meurtre qui a ébranlé le Liban. Les services secrets syriens et iraniens sont aussi soupçonnés.

Les forces armées du régime de Bachar Al-Assad ont fini par quitter le Liban le 26 avril 2005. Ce retrait syrien faisait suite à la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en septembre 2004 à l’initiative de Washington et Paris. Ce texte visait non seulement le départ des soldats syriens, mais également le désarmement de toutes les milices présentes sur le territoire libanais, à commencer par le Hezbollah.

Influence de l’Iran sur fond de guerre en Syrie

Cette dernière exigence n’a pas été appliquée. Cette milice chiite est soutenue par Téhéran et est le seul parti libanais à avoir gardé ses armes après la fin de la guerre civile au Liban (1975-1990). Le Hezbollah refuse d’abandonner son arsenal, principale pomme de discorde dans le pays.

À partir de 2011 et l’éclatement de la guerre civile en Syrie, le Hezbollah s’est révélé être un soutien militaire de poids au régime de Bachar al-Assad, aux côtés de l’Iran. «L’Iran a une mainmise sur le destin des pays de la région (…) Le Hezbollah est le bras de l’Iran non seulement au Liban mais également dans les autres pays arabes», a dit ce samedi Saad Hariri. Et «ces dernières décennies, le Hezbollah a imposé une situation de fait accompli par la force de ses armes», a ajouté le premier ministre démissionnaire.

Le président libanais, Michel Aoun, chrétien maronite comme le veut la Constitution libanaise, tient quant à lui un discours plus mesuré sur le Hezbollah et la Syrie. «Le Hezbollah a modifié sa ligne politique et a respecté la souveraineté libanaise», déclarait dans un récent entretien au Figaro le président de 82 ans, ancien général qui fut à l’origine de la «guerre de libération» contre l’occupant syrien dans les années 1970, mais qui préfère aujourd’hui parler de «distanciation par rapport aux problèmes politiques internes à la Syrie».