L’exode des Rohingyas est un «cauchemar humanitaire», selon l’ONU

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Alors que le cap des 500.000 réfugiés vient d’être franchi, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, réclame un «arrêt immédiat des opérations militaires».

 

Les mots sont chaque jour plus durs pour condamner une crise qui ne cesse d’empirer. Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, réuni pour évoquer la situation dans l’ouest de la Birmanie, le secrétaire général, Antonio Guterres, a qualifié l’exode des Rohingyas de «cauchemar humanitaire».

Jeudi, au Bangladesh, le cap symbolique des 500.000 réfugiés a été franchi. Selon l’organisation internationale, 94% de ces malheureux seraient des Rohingyas, cette ethnie musulmane, originaire du Bengale, vivant dans une Birmanie à l’écrasante majorité bouddhiste. Utilisant les attaques menées par des rebelles indépendantistes rohingyas comme motif de réaction, l’armée birmane est soupçonnée de s’en prendre à la population, qui se réfugie au Bangladesh voisin.

«Témoignages glaçants»

La Birmanie reconnaît qu’une offensive militaire a eu lieu entre le 25 août et le 5 septembre contre les rebelles. Pourtant, depuis cette date, les déplacements de population ont continué, selon l’ONU, qui estime également que des villages continuent à être brûlés. «Nous avons reçu des témoignages glaçants de personnes déplacées faisant état de violences excessives et de sérieuses violations des droits de l’homme, a déploré le chef de l’ONU. Les autorités du Myanmar [nom officiel de la Birmanie, ndlr], elles-mêmes, ont indiqué qu’au moins 176 des 451 villages musulmans dans le nord de l’État de Rakhine ont été totalement abandonnés.»

 

Même si les Rohingyas sont présents depuis plusieurs générations en Birmanie, la cohabitation avec les populations bouddhistes est depuis toujours compliquée et a plusieurs fois dégénéré en épisodes violents au cours de l’histoire. Les Rohingyas ont été relégués au statut de citoyens de seconde zone par la junte qui a tenu les rênes du pays pendant des dizaines d’années, et qui cherchait alors à jouer sur les sentiments nationalistes des bouddhistes. Malgré un début d’ouverture démocratique, les militaires disposent toujours d’un pouvoir très important, gardant jalousement la main sur les ministères de l’Intérieur, de la Défense et des Frontière, ce qui ne joue pas en faveur d’une amélioration pour la minorité musulmane.

Chine et Russie soutiennent la Birmanie, les États-Unis restent fermes… et les drames continuent

La zone où intervient l’armée est toujours strictement interdite aux observateurs internationaux. Une première visite, qui devait avoir lieu jeudi, a été repoussée par les autorités birmanes, prétextant le trop mauvais temps.

Devant le Conseil de sécurité, le représentant birman a assuré qu’il n’y avait «ni nettoyage ethnique, ni génocide en Birmanie». Il a reçu le soutien de l’allié traditionnel du pays, la Chine, qui a espéré que Naypyidaw «rétablisse la situation». La Russie penche également du côté birman, appelant à la «prudence lorsque l’on parle de nettoyage ethnique, de génocide».

 

À l’inverse, l’ambassadrice américaine a tenu un discours ferme: «Nous devons à présent envisager une action contre les forces de sécurité birmanes qui sont impliquées dans des abus et ont attisé la haine parmi leurs compatriotes.» Selon elle, le conflit, s’il persiste, pourrait déstabiliser d’autres pays de la région. L’ambassadeur français a estimé que le «statu quo» n’était «pas tenable» et réclamé l’établissement d’un processus en quatre étapes: un arrêt des violences, un réel accès humanitaire à la région, le retour des réfugiés et, enfin, l’engagement d’un processus politique afin de mettre fin à la mise au ban des Rohingyas.

En attendant, l’exode continue, avec son lot de drame. Jeudi, une embarcation partie la veille d’un village côtier a chaviré. Une vingtaine de corps, dont la moitié d’enfants, se sont échoués sur le rivage. Une quarantaine de personnes sont portées disparues.