Les Pakistanais élisent leurs députés sous la menace des attentats

63

Les Pakistanais votaient mercredi pour des législatives sous haute tension qui pourraient voir l’ex-champion de cricket Imran Khan accéder au pouvoir, un scrutin endeuillé dès la matinée par un sanglant attentat-suicide.
Cet attentat a fait au moins 30 morts et des dizaines de blessés près d’un bureau de vote de Quetta (sud-ouest). Il n’a pas été revendiqué dans l’immédiat mais a encore assombri un scrutin marqué par de précédentes attaques et de lourdes accusations d’interférence de l’armée dans la campagne électorale.
Quelque 106 millions d’électeurs, sur une population de 207 millions de personnes, sont appelés aux urnes mercredi. Les plus de 85.000 bureaux de vote fermeront à 13H00 GMT et les premiers résultats sont attendus dans la soirée.
Le scrutin de mercredi, placé sous très haute sécurité, ne représente que la seconde transition démocratique d’un gouvernement civil à un autre dans ce jeune pays au passé ponctué de coups d’Etat militaires et d’assassinats politiques.
La campagne, brève et acrimonieuse, a été dépeinte par certains observateurs comme l’une des plus « sales » de son histoire en raison de nombreuses manipulations présumées, censées favoriser l’ex-champion de cricket Imran Khan et son parti, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI).
Les analystes estiment cependant que le jeu reste largement « ouvert ».
L’autre principal prétendant au poste de Premier ministre est Shahbaz Sharif, frère de l’ancien chef du gouvernement Nawaz Sharif, à la tête du parti PML-N.
Imran Khan a voté en milieu de journée à Bani Gala, près d’Islamabad: « Il s’agit de l’une des élections les plus cruciales de l’histoire du Pakistan. Il est grand temps de mettre à bas les partis qui ont tenu ce pays en otage pendant des années », a-t-il dit.
Shahbaz Sharif en a fait de même à Lahore: « Je veux dire au peuple pakistanais de ne pas perdre de temps et de sortir de chez eux pour voter et changer le destin du Pakistan », a-t-il déclaré.
Les électeurs se pressaient eux aussi dans les bureaux de vote de Lahore (centre) et Karachi, a constaté l’AFP.
« J’ai donné ma voix au PTI bien que je ne sois pas leur partisan. (L’ancien Premier ministre) Nawaz Sharif a essayé de discréditer notre armée et par colère j’ai voté PTI », a déclaré à l’AFP Khalid Mehmood, un homme de 72 ans dans un bureau de vote d’un quartier populaire.
Quelque 800.000 militaires et policiers ont été déployés pendant la journée pour assurer la sécurité du vote.
Mais outre l’attentat de Quetta, un policier a été tué par une grenade dans un bureau de vote du district de Khuzdar au Baloutchistan, tandis qu’un militant du PTI a été tué et trois autres blessés dans un échange de tirs avec des partisans d’un parti rival, l’ANP, selon la police.
Une série d’attentats avait déjà coûté la vie à quelque 180 personnes dont trois candidats lors de meetings électoraux à la mi-juillet. La situation sécuritaire du pays demeure néanmoins bien meilleure qu’il y a quelques années.
Les électeurs, parmi lesquels près de 20 millions de primo-votants, doivent choisir un successeur au parti PML-N, aux manettes depuis 2013.
Son principal rival est le PTI d’Imran Khan. Connu comme ancien playboy en Occident, il se présente dans son pays sur un programme réformiste et anti-corruption, mais flirtant parfois avec des thèses extrémistes.
Il est aussi accusé de bénéficier de l’appui en sous-main de la puissante armée. Cette dernière se défend de tout « rôle direct » dans les élections.
Une troisième formation, le PPP de Bilawal Bhutto Zardari, fils de l’ex-Première ministre assassinée Benazir Bhutto, pourrait être appelée à former une coalition avec le vainqueur.
Pour nombre d’analystes, le match apparaît à ce stade trop serré et la situation politique trop embrouillée pour pouvoir livrer un pronostic fiable.
« C’est encore très ouvert », a noté Bilal Gilani, directeur de l’institut de sondage Gallup Pakistan interrogé par l’AFP, nombre d’électeurs restant indécis.
La campagne a aussi été marquée par un bras-de-fer entre l’armée et l’ancien Premier ministre Nawaz Sharif, destitué pour corruption il y a un an.
M. Sharif, actuellement emprisonné, l’accuse d’avoir tout fait pour nuire à son parti, y compris en forçant ses candidats à changer d’allégeance, pour le plus grand profit du PTI.
M. Sharif n’est pas le seul à incriminer l’armée: plusieurs grands médias pakistanais et militants politiques se sont plaints ces derniers mois d’avoir subi enlèvements, censure et menaces pour les forcer à infléchir leur couverture du PTI et du PML-N.
Certains analystes ont par ailleurs exprimé la crainte de voir une partie de l’électorat, très polarisé, rejeter le résultat du vote et descendre dans la rue pour protester, faisant planer un risque d’instabilité, voire de violences dans le pays.