L’Egypte s’endette pour l’achat de 30 Rafale à la France

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Le Caire va acquérir trente avions de combat Rafale supplémentaires, des missiles et autres équipements auprès de la France pour un montant de près 4 milliards d’euros, en s’endettant sur une dizaine d’années.

« L’Egypte et la France ont signé un contrat pour la fourniture de 30 avions Rafale », a indiqué l’armée égyptienne dans un communiqué quelques heures après la révélation de ce contrat par le média d’investigation français Disclose, une information dont l’AFP avait obtenu confirmation dès lundi.

Côté français, la ministre des Armées Florence Parly s’est félicitée mardi de la nouvelle dans un communiqué. « Cette décision renforce encore le partenariat stratégique et militaire entre la France et l’Egypte, et constitue un nouveau succès à l’export pour la France et son industrie de défense », a-t-elle estimé.

L’accord entre la France et l’Egypte a été conclu le 26 avril pour un montant de 3,95 milliards d’euros, comprenant les trente Rafale, ainsi que des missiles de MBDA et des équipements de Safran Electronics et Defense.

L’achat sera effectué via un prêt sur dix ans, affirme sans autre précision l’armée égyptienne. Selon Disclose, l’opération se fera « principalement à crédit » alors que Le Caire a « obtenu un prêt garanti par la France à hauteur de 85% ».

Selon le média d’investigation, « le Trésor public s’est porté caution auprès de plusieurs établissements bancaires français » –-Crédit agricole, Société générale, BNP Paribas et CIC– pour permettre le prêt.

L’Egypte compte une dette extérieure de 125,3 milliards de dollars (104 milliards d’euros), soit 33% du PIB, selon la Banque centrale égyptienne. Une situation partiellement due aux achats d’armes dont l’Egypte est un des plus gros importateurs mondiaux.

 

-« Fragilité financière »-

Dans un rapport sur le contrôle des exportations d’armements en novembre 2020, les députés français observaient qu' »aujourd’hui, l’Egypte n’a pas accès aux financements internationaux du fait de sa très grande fragilité financière ».

La garantie du contrat à hauteur de 85% de son montant par le Trésor public français fait donc peser sur les contribuables français un éventuel défaut de paiement.

Le Caire dispose d’une flotte aérienne militaire de plus de 1.000 appareils, dont 28% d’avions de combat, selon le site spécialisé globalfirepower. Les Etats-Unis et la France sont ses principaux pourvoyeurs.

En 2015, l’Egypte avait été le premier pays étranger à acheter des Rafale, avec une commande de 24 avions. L’armée de l’air égyptienne possède également des Mirage français et des F-16 américains.

Le pays nord-africain a fortement augmenté ses importations d’armes depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi en 2014.

La vente des Rafale annoncée cette semaine confirme le succès à l’exportation de l’avion de combat français. Egalement commandé par le Qatar (36) et par l’Inde (36), il a été vendu en janvier à la Grèce à 18 exemplaires, dont douze d’occasion.

 

 

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M. Sissi a été reçu en décembre 2020 à Paris. Une visite décriée par des organisations de défense des droits humains qui accusent régulièrement l’Egypte de bafouer les libertés individuelles et de limiter notamment la liberté d’expression.

Depuis l’arrivée au pouvoir de M. Sissi, l’Etat égyptien mène une répression féroce contre toute forme d’opposition, religieuse ou libérale.

Les ONG accusent l’Egypte d’utiliser des armements contre des civils, notamment pour réprimer l’opposition et les activistes. Le Caire réfute systématiquement ces accusations.

Mais le président français Emmanuel Macron a refusé en décembre de conditionner la question des droits humains au partenariat stratégique avec Le Caire, tout en plaidant pour une « ouverture démocratique » et « une société civile active ».

Les importations égyptiennes d’armements français se sont élevées à 7,7 milliards d’euros entre 2010 et 2019, faisant de l’Egypte le quatrième pays client de la France en matière d’armements, selon le rapport annuel au Parlement français.