L’armée syrienne annonce avoir repris une ville clé du nord-ouest

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Une photo publiée par l'agence de presse officielle syrienne (SANA) le 28 janvier 2020 montrant des soldats du régime traversant les villages capturés de Deir Sharqi et Talmans à la périphérie de Maaret al-Noomane, dans le nord-ouest de la Syrie. Crédits photo: AFP.

Les forces du régime syrien ont annoncé mercredi avoir repris la ville stratégique de Maaret al-Noomane, après des semaines de bombardements sur une région du nord-ouest de la Syrie dominée par des groupes jihadistes et rebelles.

Deuxième ville de la province d’Idleb, Maaret al-Noomane a été des années durant l’un des épicentres de la « révolution », avant de devenir une ville fantôme, sous l’effet des bombardements meurtriers du régime et de son allié russe.

Les combats qui se poursuivent depuis des semaines dans la province ont entraîné depuis début décembre la fuite de 358.000 personnes, en grande majorité des femmes et des enfants, selon l’ONU.

Face aux avancées du régime, la Turquie, parrain de certains rebelles, a accusé l’allié russe de ne pas respecter des accords conclus avec Ankara –un cessez-le-feu dévoilé il y a deux semaines étant resté lettre morte.

La ville de Maaret al-Noomane, où les forces gouvernementales sont entrées mardi, est d’autant plus stratégique qu’elle se trouve sur l’autoroute M5 –reliant Alep, grande métropole du nord, à la capitale Damas– que le pouvoir de Bachar al-Assad cherche à sécuriser.

« Nos forces ont réussi ces derniers jours à éliminer le terrorisme dans plusieurs villages et localités » d’Idleb, a annoncé à la télévision un responsable militaire syrien, lisant un communiqué du commandement de l’armée.

 

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Le responsable a égrené les noms d’une vingtaine de villes, dont celui de Maaret al-Noomane.

Échappant au pouvoir central depuis fin 2012, la ville comptait il y a encore quelques mois environ 150.000 habitants. Mais après des semaines de bombardements meurtriers, elle est aujourd’hui quasi-déserte, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Nouveaux déplacés

Le commandement de l’armée s’engage à « pourchasser ce qui reste d’organisations terroristes armées, jusqu’à ce que tous le territoire syrien soit purgé du terrorisme », ajoute le communiqué, utilisant la terminologie du régime pour désigner jihadistes et rebelles.

Depuis vendredi soir, plus de 75.000 personnes ont fui leurs foyers dans les secteurs de Maaret al-Noomane, d’Ariha et de Saraqeb, une autre ville située sur l’autoroute M5, selon l’OSDH.

Et mercredi les forces du régime se trouvent à 10 km au sud de Saraqeb, selon l’Observatoire.

Depuis des mois, le régime n’a de cesse de marteler sa détermination à reconquérir l’intégralité d’Idleb.

Une grande partie de la province ainsi que des secteurs attenants des provinces voisines d’Alep, Hama et Lattaquié sont dominés par les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham, l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda.

La région abrite aussi d’autres groupuscules jihadistes et des rebelles affaiblis.

« Avec la Russie, nous avons conclu des accords (…) Si la Russie respecte ces accords, alors nous ferons de même », a rappelé mercredi le président turc Recep Tayyip Erdogan.

« Malheureusement, à l’heure actuelle, la Russie ne respecte pas ces accords », a-t-il fustigé.

« Violences quasi-quotidienne »

Lundi, l’ONU a déploré le lourd tribut payé par la population civile en raison de l’offensive des forces du régime dans le nord-ouest de la Syrie.

« Les violences quasi-quotidiennes ont engendré de grandes souffrances parmi des centaines de milliers de femmes, d’enfants et d’hommes déplacés », a indiqué David Swanson, un porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (Ocha).

Ces derniers mois, le régime a mené plusieurs opérations militaires pour grignoter des pans de territoires à Idleb et ses environs, malgré des trêves annoncées mais restées lettre morte.

 

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La province a déjà été le théâtre d’une offensive d’envergure entre avril et août 2019 ayant tué près d’un millier de civils, selon l’OSDH.

S’il parvenait à reconquérir la totalité de cette région, le régime contrôlerait la quasi totalité du pays, hormis les zones tenues par les Kurdes ou les forces turques et leurs supplétifs syriens dans le nord.

Le conflit en Syrie, déclenché en mars 2011 avec la répression de manifestations prodémocratie par Damas, a fait plus de 380.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.

Tous les efforts diplomatiques menés pour trouver une issue au conflit se sont avérés à ce jour infructueux.

En déplacement à Damas, l’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Geir Pedersen a rencontré mercredi le chef de la diplomatie Walid Mouallem, selon un communiqué du ministère syrien.

Les deux hommes ont discuté du processus visant à trouver une solution politique au conflit et notamment un comité constitutionnel créé sous l’égide de l’ONU.