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    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    Grande gagnante des législatives anticipées de samedi en Algérie, l’abstention record marque l’échec de la « feuille de route » électorale du pouvoir et installe le pays dans une impasse politique, estiment des analystes.

    Avec un taux de participation provisoire de 30,20%, l’abstention se distingue comme « le premier parti politique » d’Algérie, affirme à l’AFP Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam).

    Dans l’attente de la cartographie électorale officielle, les premiers résultats montrent que les votants ont été moins nombreux dans les grandes villes vivant depuis 2019 au rythme de la contestation populaire du Hirak et que la fronde persiste en Kabylie (nord-est), région berbérophone traditionnellement frondeuse où le vote a été quasi nul.

    Sur le plan de la participation, après la présidentielle de décembre 2019 et le référendum constitutionnel de novembre 2020, « c’est le troisième échec consécutif du président Abdelmadjid Tebboune », avance M. Abidi.

    L’expert évoque « une remise en cause » de la « +feuille de route+ » électorale imposée par le pouvoir pour tenter de « normaliser » une situation volatile en ignorant les revendications de la rue (Etat de droit, transition démocratique, souveraineté populaire, justice indépendante).

     

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    Pour le politologue, « le président est dans une situation vulnérable » et « augmente sa dépendance vis-à-vis de l’institution militaire ». « Sa durée de vie politique est plus que jamais dictée par l’armée », dit-il.

    Depuis son élection, marquée par une forte abstention (60%), M. Tebboune, pur produit du sérail âgé de 75 ans, est en quête de légitimité, dans un pays où la population a perdu confiance dans ses dirigeants.

    Né du rejet d’un cinquième mandat de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, le Hirak réclame un changement radical du « système » politique en place depuis l’indépendance (1962).

    Dans ce contexte, « loin d’être un nouveau départ », les législatives de samedi « installent l’Algérie dans l’impasse politique », déclare Jean-Pierre Filiu, historien et professeur à Sciences Po Paris.

    – « Pas d’importance » –
    Dimanche, le principal parti islamiste en lice, le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), a affirmé être arrivé en tête et a mis en garde contre toute manipulation des résultats.

    De son côté, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), parti d’opposition qui a boycotté le vote, a dénoncé « le gonflement et les triturations éhontés des taux de participation ».

    Cette dernière affirmation est démentie par l’analyste Mustapha Heddam. « Nous ne sommes plus dans les chiffres gonflés et les taux staliniens (passés) mais bien en présence de chiffres réels », a-t-il déclaré à la radio publique Chaîne 3.

    « Le temps où les résultats étaient fabriqués par le ministre de l’Intérieur est révolu », juge aussi le directeur du Cermam.

    Mais s’il s’agit d’un « progrès sur la forme, il est loin de répondre aux demandes de la majorité des Algériens, qui réclament une solution politique et non électorale », ajoute-t-il.

    Parmi les 2.288 listes offertes au choix des 24 millions d’électeurs, plus de la moitié –1.200– s’affichaient comme « indépendantes ».

    Le rôle de ces listes se limitait « à gonfler un peu le taux de participation, grâce à un +vote de proximité+ improductif », observe le journaliste Abed Charef.

     

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    Elles constituent un « réservoir électoral sans orientation idéologique » et « sans grand avenir », renchérit Hasni Abidi.

    Au final, selon des analystes, ce sont les partis traditionnels — le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), vainqueurs des dernières législatives (2017) — qui pourraient rafler la mise, ce qui constituerait une grosse surprise car ils étaient considérés comme moribonds.

    Une fois renouvelée, l’Assemblée populaire nationale (APN) sera en conséquence « dans un état d’éclatement et de manque de légitimité », affirme le directeur du Cermam.

    « Elle va siéger dans un contexte marqué par un grand déficit de confiance et la difficulté de former une majorité parlementaire », ajoute-t-il.

    Une impasse dont le pouvoir s’accommodera néanmoins: le président Tebboune a d’ores et déjà estimé que le taux de participation n’avait « pas d’importance ».

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