La population musulmane largement surestimée en France

à 11:00

Selon une étude de l'institut Ipsos Mori publiée ce mercredi, les Français interrogés estiment que 31% de la population de l'Hexagone est musulmane, contre 7,5% en réalité, et que ce chiffre grimpera à 40% en 2020.

Ce que l'on perçoit n'est pas toujours conforme à la réalité et peut même en être très éloigné. C'est ce que constate une étude de l'institut de sondage britannique Ipsos Mori intitulée «Les périls de la perception 2016». L'expérience a été menée dans 40 pays du monde, dont la France, sur des sujets d'actualité et sensibles. «Dans l'ensemble des pays étudiés, chaque population se trompe sur de nombreuses choses», constate directeur des recherches d'Ipsos Mori, Bobby Duffy. «Il y a plusieurs raisons à ces erreurs: des simples erreurs mathématiques ou de proportions, la couverture médiatique de certains événements, des raccourcis psychologiques ou encore des préjugés», relève-t-il. Sur la base des résultats obtenus sur les questions l'institut a établi un «index de l'ignorance». L'Inde est le pays le plus éloigné de la réalité dans ses estimations, les Pays-Bas sont les mieux placés. La France est dans la moyenne, 21e sur 40.

Premier constat marquant de cette étude, la surévaluation globale de la population musulmane dans les 40 pays étudiés. Hormis l'Indonésie et la Turquie, tous les pays surestiment leur nombre sur leur territoire. Et en tête de classement arrive la France. Les sondés estiment que sur 100 personnes, 31 sont musulmanes. Un score très éloigné de la réalité puisque les musulmans représentaient 7,5% de la population française en 2010 (chiffres du Pew Research). D'autres pays d'Europe font la même erreur: l'Italie (20% de musulmans estimés contre 3,7% en réalité), l'Allemagne (21% estimés contre 5% en réalité) ou encore la Belgique (23% estimés contre 7% en réalité).

À l'horizon 2020, la France est encore en tête du classement. Les personnes interrogées pensent que d'ici quatre ans, 40% de la population sera musulmane sur le territoire, contre 8,3%, selon les projections. «Nous nous trompons le plus souvent sur des sujets largement discutés dans les médias, comme la proportion de la population musulmane», explique Bobby Duffy. Mais d'autres pays sont également très loin de la réalité: l'Afrique du Sud (30% de musulmans estimés en 2020, contre 1,9% selon les projections), l'Italie (31% de musulmans en 2020, contre 4,9% selon les projections), ou la Belgique (32% en 2020, contre 7,5% selon les projections).
 
? Homosexualité et avortement globalement mal évalués
À la question: «Quand on leur demande dans un sondage, quel pourcentage des gens disent qu'ils pensent personnellement que l'homosexualité est moralement inacceptable?», les sondés sont globalement dans le faux. Les Néerlandais arrivent en première position, estimant que 36% de leurs compatriotes trouvent l'homosexualité moralement inacceptable, contre 5% en réalité, selon le Pew Research Center. La France arrive 10e/40 de ce classement, puisque les personnes interrogées pensent que 35% des gens trouvent l'homosexualité moralement inacceptable, contre 14% en réalité. A contrario, dans des pays comme l'Indonésie (79%), l'Afrique du sud (51%) ou encore l'Inde (56%), les sondés surestiment l'acceptabilité de l'homosexualité.
 
À la question: «Quand on leur demande dans un sondage, quel pourcentage des gens disent qu'ils pensent personnellement que l'avortement moralement inacceptable?», les sondés sont, comme pour l'homosexualité, largement éloignés de la réalité. Les Néerlandais arrivent en première position, estimant que 37% de leurs compatriotes trouvent que l'avortement est moralement inacceptable, contre seulement 8% en réalité, selon le Pew Research Center. La France arrive 10e/40 de ce classement. Les personnes interrogées pensent que 31% des gens trouvent l'avortement moralement inacceptable, contre seulement 14% en réalité. A contrario, des pays comme les Philippines (74%), ou le Chili (46%), où l'avortement est illégal, les sondés surestiment son acceptabilité par la population. Cette étude porte sur 500 à 1000 individus par pays, de 16 à 64 ans ou de 18 à 64 ans selon les pays, interrogés du 22 septembre au 6 novembre 2016.