La grande Mosquée de Paris se retire du projet de Conseil national des imams

2053

Le recteur de la grande Mosquée de Paris (GMP) a annoncé lundi se retirer du projet de Conseil national des imams, voulu par la présidence française, et confié au Conseil français du culte musulman (CFCM), en dénonçant l’influence de « la composante islamiste » au sein de cette instance.

« J’ai décidé (…) de ne plus participer aux réunions qui visent à mettre en oeuvre le projet du Conseil national des imams, et de geler tous les contacts avec l’ensemble de la composante islamiste du CFCM », écrit le recteur, Chems-Eddine Hafiz, dans un communiqué. Il s’agit d’une décision « irrévocable », affirme-t-il.

Le projet d’un Conseil national des imams (CNI) chargé de certifier leur formation en France a été poussé avec insistance par l’Elysée dans le cadre du projet de loi contre l’islam radical et les « séparatismes ».

Le CNI devra délivrer un agrément aux imams en fonction de leurs connaissances et de leur engagement à respecter un code de déontologie.

La création d’une telle instance, maintes fois évoquée mais jamais concrétisée, avait été formellement demandée par Emmanuel Macron lors de son discours début octobre sur sa stratégie de lutte contre les « séparatismes ».

La pression pour mieux encadrer l’islam de France avait encore augmenté avec la décapitation de l’enseignant Samuel Paty, à la mi-octobre, pour avoir montré des caricatures de Mahomet, et l’assassinat de trois personnes dans une église de Nice (sud) par un Tunisien, deux semaines plus tard.

Ce projet a été confié au CFCM, principal interlocuteur de l’Etat sur les questions d’organisation du culte musulman en France.

 

Les neuf fédérations de mosquées qui composent le CFCM, régulièrement critiqué pour son manque de représentativité, devaient d’abord se mettre d’accord début décembre sur une « charte des valeurs républicaines ».

« Malheureusement, la composante islamiste au sein du CFCM, notamment celle liée à des régimes étrangers hostiles à la France, a insidieusement bloqué les négociations en remettant en cause presque systématiquement certains passages importants » de la charte, critique le recteur de la grande Mosquée de Paris, dans son communiqué.

Des « membres de la mouvance islamiste » auraient fait croire « que cette charte avait pour ambition de toucher à la dignité des fidèles musulmans », selon Chems-Eddine Hafiz. C’est « un mensonge éhonté », dénonce-t-il.

« J’estime que la représentation des musulmans mérite autre chose (…) que des agissements douteux entourés d’actions qui cherchent à diviser la communauté nationale et à séparer les Français de confession musulmane de leur société », écrit-il.

Début décembre déjà, une dizaine de figures de l’islam réformé avaient dénoncé le rôle accordé par l’Etat au CFCM pour la création du CNI, le qualifiant d' »institution fragile ».